Au cœur de l’île japonaise de Hokkaido, les paysages de Biei et de Furano offrent à l’automne un spectacle où les couleurs des cultures se mêlent aux nuances dorées des herbes, aux forêts qui changent de teinte et aux sommets volcaniques. Dans cette région agricole du centre de l’île, les collines ondulantes composent un immense tableau naturel, dont les couleurs évoluent au fil des saisons. Un paysage emblématique du Japon rural, façonné autant par la nature que par le travail des agriculteurs.

Un paysage façonné par les volcans et les agriculteurs

Pour comprendre le charme de Biei, il faut remonter à l’histoire géologique de cette partie d’Hokkaido. Les éruptions volcaniques survenues dans la région des monts Tokachi et Daisetsuzan, il y a plusieurs centaines de milliers à plusieurs millions d’années, ont déposé d’importantes quantités de matériaux volcaniques. L’érosion a ensuite sculpté un relief de collines douces et ondulantes, caractéristique de Biei et de Furano.

À la fin du XIXe siècle, les premiers colons japonais entreprennent de défricher ces terres pour y développer l’agriculture. L’ouverture de la ligne ferroviaire reliant Asahikawa à Biei, en 1899, accompagne l’installation de nouvelles exploitations et favorise le développement de la région. Au fil des décennies, les agriculteurs transforment les pentes en terres cultivables, donnant naissance à un paysage rural dont la beauté repose sur une activité agricole bien réelle.

Aujourd’hui, Biei est notamment connue pour ses Patchwork Hills, littéralement les « collines en patchwork ». Les parcelles de blé, de pommes de terre, de haricots et de betteraves sucrières dessinent des bandes de couleurs différentes qui épousent les courbes du terrain. Les teintes varient selon les cultures, leur stade de croissance et les travaux saisonniers, renouvelant sans cesse l’apparence des collines.

L’automne, entre champs dorés et forêts flamboyantes

À partir de septembre, l’automne transforme progressivement les paysages. Les feuillus se parent de jaune, de rouge et d’orange, tandis que les bouleaux et les mélèzes apportent des nuances lumineuses aux reliefs. Dans les hauteurs, les couleurs apparaissent dès le début de l’automne avant de gagner les zones plus basses. À la fin octobre et au début novembre, les mélèzes peuvent à leur tour se couvrir d’or, créant un contraste saisissant avec les cultures encore vertes et les premières neiges sur les montagnes Tokachi.

Les champs eux-mêmes participent à cette palette. À Biei, certaines parcelles se couvrent de fleurs jaunes entre la mi-septembre et la mi-octobre. Il s’agit notamment de moutarde cultivée comme engrais vert. Une fois la floraison terminée, ces plantes sont enfouies dans le sol afin de l’enrichir naturellement et de préparer les cultures suivantes.

Cette pratique revêt une importance particulière dans une région où les sols d’origine volcanique nécessitent une gestion agricole adaptée. Le spectacle floral, aussi photogénique soit-il, témoigne donc avant tout du savoir-faire des agriculteurs et de leur travail au fil des saisons.

Furano, une autre facette de la campagne d’Hokkaido

Au sud de Biei, Furano complète cette découverte avec ses vastes exploitations agricoles, ses jardins fleuris et ses panoramas ouverts sur les montagnes. La ville est surtout célèbre pour ses champs de lavande estivaux, devenus emblématiques à partir des années 1970. Mais lorsque l’été s’achève, les fleurs tardives, les récoltes et les feuillages d’automne renouvellent le décor.

Les forêts de mélèzes et de bouleaux prennent des teintes dorées, tandis que les massifs montagneux se parent de couleurs plus intenses. La lumière rasante des journées d’automne souligne les ondulations du terrain et les ombres s’allongent sur les terres agricoles. Dans les environs du mont Tokachi, les premières couleurs apparaissent dès septembre en altitude, avant de gagner progressivement les secteurs de Furano.

Biei et Furano offrent ainsi une autre image du Japon, loin des grandes métropoles et des paysages urbains. Ici, la beauté ne réside pas uniquement dans les forêts ou les montagnes, mais aussi dans les champs travaillés par des générations d’agriculteurs. Chaque saison redessine le territoire, du vert tendre des cultures au jaune des fleurs d’engrais, jusqu’aux tons cuivrés des arbres avant l’arrivée de l’hiver.

Pour préserver cet équilibre, les visiteurs sont invités à admirer les paysages depuis les routes et les espaces autorisés, sans pénétrer dans les parcelles agricoles privées. Ces collines, qui semblent parfois composées comme un tableau, demeurent avant tout des terres de travail et de production.

À l’automne, Biei et Furano révèlent ainsi toute la singularité d’Hokkaido : une nature marquée par l’activité volcanique, une agriculture adaptée aux saisons et une campagne dont les couleurs racontent, année après année, l’histoire d’un territoire vivant.

© 2026 (SL75)

Tendances