Du 6 au 15 octobre, le Festival international du film de Busan (BIFF) a confirmé son ambition de devenir l’un des grands rendez-vous incontournables du cinéma mondial. Pour sa 31e édition, le festival sud-coréen a franchi une nouvelle étape, portée par une reconnaissance internationale renforcée, une programmation particulièrement riche et un public au rendez-vous. Entre découvertes cinématographiques, rencontres avec des figures majeures du septième art et récompenses, cette édition a surtout mis en lumière la vitalité des cinémas asiatiques, avec une place de choix pour les productions japonaises et sud-coréennes.

Une édition historique pour le festival de Busan
Cette année marque un tournant pour le BIFF, qui bénéficie désormais de l’accréditation A-list de la Fédération internationale des associations de producteurs de films. Cette reconnaissance le place parmi les grands festivals internationaux aux côtés de Cannes, Berlin et Venise. Autre évolution importante, le film lauréat du prix du meilleur film des Busan Awards pourra être présenté à la sélection des Oscars dans la catégorie du meilleur film international, à partir de 2027.

La fréquentation confirme cette dynamique. Plus de 200 000 entrées ont été enregistrées durant les dix jours du festival, un niveau qui n’avait plus été atteint depuis 2015. Au total, 315 films ont été programmés, témoignant de l’ampleur de cette édition et de la volonté de Busan de renforcer son rôle de plateforme internationale pour le cinéma d’auteur, les nouvelles voix asiatiques et les échanges entre professionnels.
L’ouverture avec The Table: Day and Night, du réalisateur sud-coréen Kim Jong-kwan, a donné le ton d’une édition attentive aux histoires humaines, aux relations et aux émotions du quotidien.
Le cinéma japonais entre sensibilité, audace et transmission
Parmi les œuvres japonaises qui ont retenu l’attention, Satoko Always s’impose comme l’un des temps forts de cette édition. Le film a permis au jeune acteur Himeno Kashun de remporter le prix d’interprétation masculine des Busan Awards, partagé avec l’actrice chinoise Zhou Xun. Une distinction particulièrement remarquée pour ce jeune comédien, dont la présence à l’écran et la justesse d’interprétation ont séduit le jury.
Le film suit Satoko, une adolescente de quinze ans qui découvre progressivement l’écriture et développe avec elle une relation intime, presque comparable aux premiers émois amoureux. À travers cette expérience fondatrice, l’œuvre explore la naissance d’une sensibilité artistique et les bouleversements de l’adolescence. La récompense obtenue à Busan souligne l’intérêt du festival pour des récits délicats, portés par de jeunes interprètes et une approche sensible de l’expérience humaine.
Autre film japonais présenté dans le cadre du festival, Silver Express a également contribué à la diversité de cette sélection. Sa présence témoigne de la place accordée aux productions japonaises dans une programmation qui cherche à faire dialoguer les différentes générations de cinéastes et les formes narratives contemporaines.
L’animation japonaise a, elle aussi, occupé une place importante dans les échanges autour du cinéma. La masterclass du légendaire Rintaro, organisée le 10 octobre, a constitué l’un des rendez-vous marquants pour les amateurs d’animation. Figure historique de cet art, collaborateur d’Osamu Tezuka et réalisateur d’œuvres majeures, il a contribué à façonner le langage visuel de l’animation japonaise moderne. Cette rencontre a rappelé combien la transmission de l’expérience des grands maîtres demeure essentielle pour comprendre l’évolution d’un secteur qui continue d’influencer les créateurs du monde entier.
Le Japon s’est également distingué dans les prix annexes du festival. Le réalisateur Kumamoto Ryohei a reçu le Face of the Future Award pour After the Song, une distinction qui met en lumière de nouveaux talents et souligne l’attention portée par Busan à la relève du cinéma asiatique.
Le cinéma sud-coréen entre reconnaissance internationale et liberté de création
Pour le cinéma sud-coréen, cette édition a offert une vitrine particulièrement riche, entre films attendus, œuvres indépendantes et rencontres avec des personnalités majeures.
Parmi les événements les plus attendus figurait la présentation de Possible Love, le nouveau film de Lee Chang-dong, dont le parcours international a suscité un intérêt considérable. La présence du réalisateur et de son équipe a constitué un moment fort pour le public et les professionnels, dans un festival où les rencontres permettent de prolonger les projections par une réflexion sur la fabrication des films et les intentions artistiques.
Le programme coréen a également mis en avant Dora, le film de July Jung consacré au passage à l’âge adulte, ainsi que Still Shining, qui marque le retour sur grand écran de la grande actrice Kim Hye-ja après neuf ans d’absence. Ces œuvres illustrent la diversité d’un cinéma national capable de conjuguer récits intimes, observation sociale et recherche formelle.
Le palmarès des Busan Vision Awards a apporté une reconnaissance supplémentaire aux productions indépendantes sud-coréennes. Full Moon, réalisé par Jeong Jihye, a remporté plusieurs distinctions, dont le CGV Award, le K-MOVIE Award et le Songwon Vision Audience Award – Korea. Ce triple succès témoigne de l’écho rencontré par le film auprès de différents jurys et du public, et confirme la place essentielle de la section Vision dans la découverte des nouvelles écritures cinématographiques coréennes.
Autre signal fort, Beach Fictions, réalisé par Lim Hayeon, a obtenu une mention spéciale dans le cadre du New Currents Award, consacré aux nouvelles voix du cinéma asiatique. Ces récompenses rappellent que le dynamisme du cinéma sud-coréen ne repose pas uniquement sur ses productions commerciales ou ses succès internationaux, mais également sur un tissu de cinéastes indépendants qui explorent des sujets et des formes plus singuliers.
Le festival n’a toutefois pas été exempt de tensions. La controverse autour de The Assassin(s) a constitué l’un des épisodes les plus sensibles de cette édition. Les inquiétudes liées à la sécurité et les annulations de certaines participations ont perturbé la présentation du film et relancé les débats sur la réception des œuvres abordant des épisodes controversés de l’histoire politique coréenne. Au-delà de l’incident, cet épisode a rappelé la difficulté de concilier sensibilité historique, attentes du public et liberté de création. Il a également souligné les risques auxquels peuvent être confrontés les artistes lorsque leurs choix sont soumis à de fortes pressions sociales.
Des rencontres qui donnent toute sa dimension au BIFF
Au-delà des récompenses, le BIFF s’est distingué par la richesse de ses rencontres avec les artistes. Les échanges avec les réalisateurs, les acteurs et les professionnels du secteur ont constitué un prolongement essentiel des projections, offrant au public l’occasion de mieux comprendre les démarches artistiques et les conditions de production.
La présence de Kim Go-eun, les rendez-vous organisés autour des acteurs et les discussions consacrées aux productions destinées aux salles comme aux plateformes ont confirmé la capacité de Busan à réunir plusieurs univers du cinéma contemporain. L’Asian Contents & Film Market, organisé parallèlement au festival, a également contribué à cette dynamique en favorisant les échanges entre producteurs, distributeurs et acheteurs internationaux.
La programmation a par ailleurs accordé une place importante aux grandes figures du cinéma asiatique. Michelle Yeoh a reçu le prix de l’Asian Filmmaker of the Year, tandis que la réalisatrice hongkongaise Ann Hui a été distinguée par le Camellia Award. Ces hommages ont rappelé le rôle des artistes qui, au fil de leur carrière, ont contribué à faire connaître les cinémas asiatiques bien au-delà de leurs frontières.
Un palmarès qui ouvre des perspectives pour le cinéma asiatique
Le palmarès principal a consacré Midday Meal, du réalisateur iranien Majid Majidi, lauréat du Busan Award du meilleur film. Le prix spécial du jury est revenu à Ibuku, du cinéaste indonésien Eddie Cahyono, tandis que le prix de la meilleure réalisation a distingué le Taïwanais Lee Yun Chan pour To Be Ordinary.
Ces choix reflètent la vocation du BIFF : faire émerger des œuvres issues de différentes traditions cinématographiques asiatiques, sans réduire sa programmation à une seule industrie nationale. La récompense décernée à Himeno Kashun pour Satoko Always demeure néanmoins l’un des résultats les plus marquants pour le cinéma japonais, tandis que les succès de Full Moon illustrent la vitalité du cinéma indépendant sud-coréen.
Busan, un rendez-vous désormais incontournable
En refermant cette 31e édition, le BIFF confirme son évolution vers un statut international de premier plan. La reconnaissance A-list, la fréquentation en hausse, l’importance de son marché professionnel et la diversité de son programme dessinent les contours d’un festival qui entend jouer un rôle croissant dans la circulation des œuvres et des talents.
Pour le Japon, cette édition a mis en lumière la sensibilité de nouveaux interprètes, la continuité d’un héritage cinématographique et la force de transmission de son animation. Pour la Corée du Sud, elle a montré la coexistence d’une industrie solidement installée à l’international et d’un cinéma indépendant toujours prêt à prendre des risques, à interroger la société et à renouveler ses formes.
Au-delà des prix, le principal enseignement de Busan réside peut-être dans cette capacité à faire cohabiter des œuvres très différentes et à offrir une visibilité aux cinéastes qui construisent le cinéma asiatique de demain. Une édition dense, parfois traversée de controverses, mais qui confirme que Busan demeure un lieu essentiel pour découvrir, comprendre et défendre la diversité du septième art.
© 2026 (SL75)





