À Naha, sur l’île d’Okinawa, le château de Shuri retrouve progressivement l’apparence qui fut la sienne avant l’incendie dévastateur d’octobre 2019. Le bâtiment principal, ou Seiden, vient d’être dévoilé aux médias après l’achèvement des travaux de laque qui ont rendu à sa façade son célèbre rouge éclatant. Une nouvelle étape majeure dans la reconstruction de l’un des monuments les plus emblématiques de l’histoire d’Okinawa.

Les travaux de laque du Seiden et des deux galeries qui l’encadrent se sont achevés le 17 septembre 2026. Le résultat permet désormais de mieux mesurer l’ampleur de la renaissance du palais royal des anciens souverains des Ryukyu. Surnommé autrefois une « immense œuvre de laque ryukyuane », le bâtiment retrouve ses couleurs et ses ornements caractéristiques, fruits d’un savoir-faire artisanal particulièrement minutieux.

La reconstruction du Seiden, lancée en novembre 2022, doit s’achever à l’automne 2026. Sa réouverture au public est officiellement fixée au 23 novembre, après une cérémonie de fin de reconstruction prévue la veille.

Cinq siècles au cœur du royaume des Ryukyu

Perché sur les hauteurs de Naha, le château de Shuri fut pendant plusieurs siècles le centre politique, administratif et culturel du royaume des Ryukyu. Cet État indépendant, qui exista de 1429 à 1879, développa des relations commerciales et diplomatiques étroites avec la Chine, le Japon et plusieurs royaumes d’Asie du Sud-Est.

Le château constituait à la fois la résidence des souverains et le cœur du pouvoir royal. Le Seiden, bâtiment central du complexe, accueillait notamment les cérémonies officielles et les grandes audiences. Son architecture témoigne de cette histoire particulière : elle associe des influences chinoises et japonaises à des éléments profondément enracinés dans la culture des Ryukyu.

© 2019 (SL75)

La couleur rouge vermillon, les dragons, les colonnes richement décorées et les toitures couvertes de tuiles rouges donnent au monument une apparence très différente de celle des châteaux japonais de l’archipel principal. Shuri était ainsi autant un palais royal qu’un symbole de l’identité politique et culturelle du royaume des Ryukyu.

Lorsque le royaume fut intégré au Japon en 1879, le château perdit sa fonction de résidence royale. Le site connut ensuite plusieurs transformations, avant d’être notamment utilisé par l’armée japonaise.

Détruit pendant la guerre, reconstruit à partir des années 1980

Le château connut une première destruction majeure durant la bataille d’Okinawa, en 1945. Les combats de la Seconde Guerre mondiale anéantirent les bâtiments historiques, tandis que le site fut ensuite occupé par l’université des Ryukyu.

La reconstruction du complexe débuta véritablement à la fin des années 1980, après le déplacement de l’université. Le Seiden et plusieurs autres bâtiments furent progressivement reconstruits en s’appuyant sur des documents historiques, des photographies, des plans anciens et les techniques traditionnelles.

Le château rouvert en 1992 devint rapidement l’un des principaux sites culturels et touristiques d’Okinawa. En décembre 2000, les vestiges de Shuri furent inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO au sein de l’ensemble « Sites Gusuku et biens associés du royaume des Ryukyu ». Il convient toutefois de préciser que l’inscription concerne les vestiges historiques du site, et non les bâtiments reconstruits eux-mêmes.

Le drame du 31 octobre 2019

Le château semblait alors avoir retrouvé une nouvelle vie. Mais dans la nuit du 31 octobre 2019, un incendie s’est déclaré dans le Seiden avant de se propager rapidement à l’ensemble du cœur du complexe.

Les flammes ont détruit sept bâtiments, dont le Seiden, le Hokuden et le Nanden. Le sinistre a également entraîné la perte ou la détérioration de nombreuses œuvres et objets liés à l’histoire du royaume des Ryukyu. La catastrophe a provoqué un profond choc à Okinawa et au-delà, tant le château constituait un symbole de l’histoire et de l’identité de l’île.

© 2026 (Newscom/SL75)

Depuis, la reconstruction est pensée comme un véritable projet patrimonial. Les autorités ont notamment renforcé les dispositifs de prévention et de lutte contre les incendies, en tirant les enseignements du sinistre de 2019. Des exercices de sécurité sont notamment organisés chaque année sur le site.

Une reconstruction ouverte au public

Cette nouvelle reconstruction ne cherche pas seulement à reproduire le monument disparu. Elle entend également transmettre les techniques et les savoir-faire nécessaires à sa restauration.

Le chantier est ainsi progressivement rendu visible au public, dans le cadre du concept de « reconstruction à montrer ». Des plateformes d’observation permettent notamment d’observer le Seiden et les différentes étapes du chantier. L’objectif est de faire du processus de reconstruction une partie intégrante de l’expérience patrimoniale.

La toiture du Seiden a notamment été réalisée avec près de 60 000 tuiles rouges. Une partie des matériaux provenant de l’ancien château a également été réutilisée, notamment sous forme de fragments de tuiles transformés en matériau intégré aux nouvelles productions.

La restauration de la laque constitue aujourd’hui l’une des dernières étapes spectaculaires de cette renaissance. Le rouge profond du Seiden, associé aux ornements dorés et aux motifs traditionnels, permet désormais de retrouver progressivement la silhouette familière du château.

Un nouveau chapitre pour Shuri

Avec l’ouverture du Seiden prévue le 23 novembre 2026, sept ans après l’incendie, le château de Shuri s’apprête donc à franchir une étape décisive. Pour Okinawa, il le chantier participe à la transmission d’une histoire singulière, celle du royaume des Ryukyu et de son héritage culturel.

La renaissance du Seiden marque ainsi le retour d’un symbole majeur dans le paysage de Naha. Mais elle constitue également une nouvelle étape d’un projet plus vaste, puisque d’autres bâtiments historiques du complexe doivent à terme faire l’objet de restaurations ou de reconstructions.

Après avoir disparu deux fois sous les flammes et la guerre, le château de Shuri se prépare une nouvelle fois à reprendre sa place au cœur de l’histoire d’Okinawa.

© 2026 (SL75)

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