À Séoul, dans l’enceinte paisible du temple de Jingwansa, un morceau de tissu raconte une page essentielle de l’histoire coréenne. Découvert en 2009 lors des travaux de restauration du pavillon Chilsonggak, le Taegukgi de Jingwansa avait été dissimulé pendant près de neuf décennies avec des journaux et des tracts liés au mouvement indépendantiste.

Daté de 1919, au moment du mouvement du 1er mars et de la création du Gouvernement provisoire de la République de Corée, ce drapeau est considéré comme l’un des témoignages les plus singuliers de cette période. Il aurait été utilisé dans le contexte des mouvements indépendantistes avant d’être soigneusement caché dans le temple. Les traces de brûlure et les perforations visibles sur le tissu témoignent de son histoire mouvementée.

Sa particularité est immédiatement frappante : le Taegukgi a été dessiné directement sur un drapeau japonais, en recouvrant le disque rouge du Hinomaru avec le taegeuk et les quatre trigrammes. Cette transformation donne au tissu une portée symbolique exceptionnelle. Il ne s’agissait plus seulement d’affirmer une identité nationale, mais de faire disparaître, au moins symboliquement, l’emblème de la puissance coloniale pour lui substituer celui d’une Corée libre. Les recherches le présentent comme le plus ancien exemple connu de Taegukgi peint sur un drapeau japonais.

Le lieu de sa découverte est lui aussi significatif. Jingwansa fut associé aux activités de moines engagés dans la lutte pour l’indépendance, notamment Baek Cho-wol, qui participa à la diffusion de publications indépendantistes et entretint des liens avec le mouvement indépendantiste coréen. Les journaux retrouvés avec le drapeau comprenaient notamment Joseon Independence Newspaper, Dongnip Sinmun et Sin Daehan, témoignant de l’intense activité politique et clandestine de cette période.

Aujourd’hui, le Taegukgi de Jingwansa dépasse largement le cadre d’un objet historique. Il rappelle que le drapeau coréen fut, dans les années les plus difficiles de la colonisation, un signe de résistance, d’espoir et d’affirmation nationale. Sa présence dans un temple souligne également le rôle joué par certains établissements bouddhistes comme lieux de soutien et de refuge pour les indépendantistes.

Reconnu comme Trésor national, le drapeau demeure ainsi un symbole puissant de la mémoire coréenne. Près d’un siècle après avoir été caché derrière les murs de Jingwansa, il continue de représenter une idée simple et profonde : même sous la contrainte, une identité peut être préservée, transmise et finalement retrouvée.

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