Après des années de blocage, le projet du Chūō Shinkansen, la future ligne japonaise à sustentation magnétique (maglev) reliant Tokyo à Nagoya, franchit une étape décisive. Le gouverneur de la préfecture de Shizuoka, Yasutomo Suzuki, a annoncé mardi devant l’assemblée préfectorale qu’il autorisait la compagnie JR Central à entamer les travaux sur le tronçon traversant son territoire.

Cette décision met fin à un long bras de fer engagé en 2017 entre la préfecture et l’opérateur ferroviaire. Le précédent gouverneur, Heita Kawakatsu, s’était fermement opposé au chantier, estimant que le percement du tunnel sous les Alpes japonaises risquait d’affecter le débit de la rivière Ōi, une ressource essentielle pour l’irrigation des rizières et des célèbres plantations de thé de Shizuoka.
Un projet emblématique de la prochaine génération ferroviaire
Le Chūō Shinkansen est l’un des projets d’infrastructure les plus ambitieux du Japon. Contrairement aux Shinkansen classiques circulant sur rails, cette ligne utilisera la technologie SCMaglev (Superconducting Maglev), qui permet aux trains de léviter grâce à la force magnétique. Ils pourront ainsi atteindre une vitesse commerciale d’environ 500 km/h, le trajet entre Tokyo et Nagoya serait d’une quarantaine de minutes, contre près d’une heure et demie aujourd’hui.


À terme, la ligne doit être prolongée jusqu’à Osaka, afin de renforçer l’axe économique majeur reliant les trois plus grandes métropoles du pays. Outre le gain de temps, le gouvernement japonais présente le projet comme un moyen de renforcer la résilience des infrastructures de transport en offrant un itinéraire alternatif au Tōkaidō Shinkansen en cas de catastrophe naturelle.
Un compromis après des années de négociations
Depuis son arrivée au pouvoir en 2024, à la suite de la démission de Heita Kawakatsu, Yasutomo Suzuki a privilégié une approche fondée sur le dialogue. Favorable aux retombées économiques du projet, il a toutefois exigé de JR Central des garanties solides sur la protection de l’environnement et une meilleure information des populations locales. En mars dernier, un comité d’experts mandaté par la préfecture a estimé que les 28 exigences environnementales formulées par Shizuoka avaient été satisfaites. Le gouverneur a expliqué avoir pris sa décision en constatant « une meilleure compréhension du projet par les habitants ».

Il a néanmoins insisté sur la nécessité de poursuivre une surveillance étroite des travaux, rappelant que certaines inquiétudes subsistent quant aux conséquences potentielles sur les ressources en eau de la rivière Ōi. Il a demandé à JR Central de veiller à ce que le chantier reste pleinement compatible avec la préservation de l’environnement.
Des travaux qui pourraient débuter dès cette année
La préfecture prévoit de signer le 18 juillet un accord officiel avec JR Central dans le cadre de son ordonnance sur la protection de l’environnement naturel, dernière étape administrative indispensable avant le lancement du chantier.

Le tronçon concerné ne mesure qu’environ 8,9 kilomètres, mais il constitue une partie stratégique du tunnel des Alpes du Sud, qui reliera les préfectures de Yamanashi, Shizuoka et Nagano. Les travaux devraient durer au minimum dix ans.

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Initialement, la liaison Tokyo–Nagoya devait être inaugurée en 2027. Cependant, les années de retard accumulées à cause du différend avec Shizuoka ont contraint JR Central à revoir entièrement son calendrier. L’ouverture de cette première section n’est désormais pas attendue avant 2036, au plus tôt.
Avec cette autorisation, le chantier du Chūō Shinkansen semble enfin sortir de l’impasse. Reste désormais à concilier les ambitions technologiques du Japon avec les impératifs de protection de l’environnement, un équilibre qui continuera d’être scruté de près tout au long de la construction.
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