La Corée du Sud vient d’accorder le statut de Patrimoine culturel folklorique national à un ensemble exceptionnel de peintures chamaniques du XIXe siècle, consacrant ainsi une tradition religieuse longtemps restée en marge de la société coréenne.

Cette collection rare, connue sous le nom de « Seoul Geumseongdang Mushindo », se compose de huit rouleaux de soie suspendus qui étaient autrefois conservés dans le sanctuaire Geumseongdang, à Séoul. Les œuvres représentent diverses divinités associées au destin humain, parmi lesquelles un taoïste aveugle, la déesse de la variole ou encore l’esprit protecteur des musiciens.

Si la Corée du Sud est aujourd’hui reconnue comme l’une des nations les plus avancées technologiquement au monde, ses racines animistes et chamaniques demeurent profondément ancrées dans son identité culturelle. Pendant des siècles, les « mushindo » – des peintures rituelles chamaniques – ont servi d’intermédiaires entre les hommes et les esprits lors des cérémonies menées par les chamans. Ces rituels, souvent empreints d’une forte dimension mystique et émotionnelle, visaient à guérir les maladies, apaiser les esprits malveillants ou attirer la prospérité.

Selon l’Administration nationale du patrimoine, qui a officialisé cette distinction mardi, la valeur historique de ces peintures réside notamment dans leur lien incontestable avec un site rituel encore répertorié. Un fait exceptionnel, alors que de nombreux objets de cette nature ont disparu au cours des vastes campagnes de modernisation du XXe siècle.

Au-delà de leur intérêt historique, ces œuvres présentent également un caractère artistique remarquable. Des analyses scientifiques des pigments ont révélé qu’elles avaient été réalisées à la fin du XIXe siècle à l’aide d’un mélange de colorants traditionnels et de pigments synthétiques modernes. Les spécialistes soulignent la finesse des dégradés, la richesse des motifs décoratifs ainsi que les visages ronds et les doigts élégamment dessinés des divinités représentées.

Ces caractéristiques laissent penser que les peintures auraient été réalisées par des artistes bouddhistes professionnels. Une hypothèse qui révèle un phénomène rare : la participation de peintres religieux de haut niveau à des formes d’art populaire et à des croyances souvent considérées comme périphériques.
Aujourd’hui conservées au musée Eunpyeong History Hanok, dans le nord-ouest de Séoul, les huit peintures bénéficieront désormais de financements publics destinés à leur préservation.

« Ces œuvres possèdent une authenticité profonde, car elles témoignent directement de siècles de pratiques rituelles vécues », a souligné un porte-parole de l’Administration nationale du patrimoine. « Elles incarnent un héritage multidimensionnel où l’art tangible de la peinture se mêle à l’histoire immatérielle des croyances populaires coréennes. »
Photos:© (musée d’histoire et de hanok d’Eunpyeong)
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