Longtemps réputés pour leurs intrigues bouclées en une seule saison, les dramas sud-coréens amorcent un tournant majeur. Inspirés par les plateformes de streaming et confrontés à un contexte économique plus incertain, diffuseurs traditionnels et services en ligne multiplient désormais les productions conçues pour s’étendre sur plusieurs saisons.

Le phénomène marque une évolution importante dans l’industrie audiovisuelle coréenne. Les K-dramas se sont historiquement distingués par des formats relativement courts, généralement composés de 12 à 20 épisodes racontant une histoire complète. Cette formule a largement contribué à leur succès international en offrant aux spectateurs des récits denses, sans prolongation artificielle. Mais face à l’augmentation des coûts de production et à la difficulté croissante de garantir le succès de nouveaux projets, les producteurs privilégient désormais des franchises déjà populaires.

Parmi les diffuseurs coréens, SBS s’impose comme le principal acteur de cette tendance. Le succès phénoménal de la série médicale Dr. Romantic, lancée en 2016 et dont certaines diffusions ont atteint jusqu’à 28,4 % d’audience, a convaincu la chaîne du potentiel des productions à plusieurs saisons. Depuis, d’autres succès tels que The Fiery Priest, The Penthouse: War in Life ou encore Taxi Driver ont consolidé la réputation de SBS dans ce domaine. Selon Kim Ki-seul, directeur de la programmation de la chaîne, cette réussite repose sur plusieurs ingrédients : des univers narratifs solides, des personnages marquants et des intrigues où la justice finit généralement par triompher.

La chaîne prépare déjà le retour de plusieurs de ses séries phares. Flex X Cop, qui suit les aventures d’un héritier de conglomérat devenu enquêteur malgré son immaturité, reviendra pour une nouvelle saison. Good Partner, écrite par l’avocate spécialisée en divorce Choi Yu-na et inspirée de véritables affaires judiciaires, poursuivra également son histoire. SBS a par ailleurs confirmé la production d’une deuxième saison de The Judge from Hell, dans laquelle l’actrice Park Shin-hye incarne un démon prenant possession du corps d’une juge afin de châtier les criminels. Les plateformes de streaming jouent également un rôle central dans cette évolution. Soucieuses de fidéliser leurs abonnés tout en attirant de nouveaux publics, elles développent de plus en plus leurs franchises à succès.

La plateforme Tving a récemment conclu la troisième et dernière saison de Yumi’s Cells et envisage déjà de transformer The Legend of Kitchen Soldier en projet de longue durée. De son côté, Netflix poursuit l’expansion de plusieurs de ses séries populaires, parmi lesquelles Squid Game, Weak Hero, New Recruit, Bloodhounds et All of Us Are Dead. Disney+ travaille également sur une deuxième saison de Moving. Cette logique influence désormais même les nouvelles productions. De plus en plus de dramas se terminent sur des fins ouvertes ou intègrent des scènes post-générique destinées à préparer une éventuelle suite.

Pour les diffuseurs, les séries à plusieurs saisons représentent un investissement relativement sûr. Elles bénéficient d’une base de fans déjà constituée et d’une notoriété qui réduit les risques financiers. Cette même logique explique également la multiplication récente des adaptations de webtoons et de romans en ligne à succès. Les spécialistes soulignent aussi les avantages pratiques de ce modèle. « Les dramas à saisons multiples peuvent être produits plus efficacement, car ils prolongent une formule dont le succès a déjà été validé par le marché », explique Yoon Suk-jin, critique de télévision et professeur à l’Université nationale de Chungnam. Selon lui, les acteurs vedettes se montrent également plus enclins qu’auparavant à reprendre leur rôle. Alors que les désaccords liés aux cachets ou aux emplois du temps compliquaient autrefois la production des suites, le ralentissement actuel du secteur audiovisuel favorise davantage leur participation.

Cette stratégie n’offre toutefois aucune garantie de succès. Le risque d’essoufflement demeure réel, d’autant que les suites peinent souvent à égaler l’impact de l’œuvre originale. Contrairement à de nombreuses séries occidentales, pensées dès leur conception pour se développer sur plusieurs saisons, les K-dramas prolongent souvent leur récit seulement après le succès inattendu de la première saison. Une approche qui peut fragiliser la cohérence globale de l’histoire. Pour Yoon Suk-jin, l’avenir du modèle dépendra de la capacité des scénaristes à se renouveler. « S’appuyer uniquement sur le succès de la saison précédente finira par atteindre ses limites. Chaque nouvelle saison doit proposer de nouvelles stratégies narratives, notamment en développant davantage les personnages secondaires ou les intrigues restées en arrière-plan. »

Alors que l’industrie coréenne cherche de nouveaux leviers de croissance, le modèle des séries à plusieurs saisons semble désormais appelé à s’installer durablement. Reste à savoir si cette évolution permettra aux K-dramas de conserver ce qui a fait leur singularité : des récits maîtrisés, intenses et résolument centrés sur la qualité de leur histoire.

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