Présenté au 31e Festival international du film de Busan (BIFF), du 6 au 15 octobre 2026, A New Dawn marque une étape importante dans la carrière de Yoshitoshi Shinomiya. Premier long métrage de ce réalisateur et artiste japonais, cette œuvre d’animation franco-japonaise mêle récit initiatique, mémoire familiale et préoccupations environnementales. Après sa sélection à la Berlinale 2026 et son passage remarqué au Festival international du film d’animation d’Annecy, le film poursuit son parcours international à Busan.

Un dernier feu d’artifice avant la disparition

Au cœur de A New Dawn, il y a une ancienne fabrique de feux d’artifice appartenant à la famille Obinata, dont l’activité se transmet depuis près de 330 ans. Implanté dans un environnement autrefois dominé par la végétation, le site est désormais menacé par un projet de réaménagement. Les paysages changent, les installations industrielles et les panneaux solaires gagnent du terrain, tandis qu’une nouvelle route doit bientôt traverser les lieux. La fermeture administrative de l’usine semble inéluctable.

Keitaro Obinata, un jeune homme qui s’est isolé dans les bâtiments désaffectés, refuse pourtant de tourner la page. Depuis plusieurs années, il consacre son existence à la fabrication de feux d’artifice, poursuivant une quête qui le rattache à son père disparu. Celui-ci aurait créé un feu d’artifice légendaire, baptisé « Shuhari », dont le mystère continue de hanter le jeune homme. Pour Keitaro, retrouver cette création et parvenir à la faire exploser dans le ciel représente bien davantage qu’un défi technique : c’est une manière de renouer avec son histoire familiale et de préserver un héritage menacé d’extinction.

Le retour de Kaoru, son amie d’enfance venue de Tokyo, vient bouleverser son quotidien. À l’approche de la fermeture définitive du site, les deux jeunes gens n’ont plus que deux jours pour tenter de donner vie à ce projet. Ce compte à rebours transforme la préparation du dernier feu d’artifice en une course contre le temps, au cours de laquelle les souvenirs, les regrets et les espoirs de chacun refont surface.

Au-delà de cette histoire intime, le film aborde la difficulté de trouver sa place dans un monde en pleine mutation. La disparition d’une entreprise artisanale vieille de plusieurs siècles fait écho à celle de savoir-faire traditionnels, fragilisés par les transformations économiques et l’évolution des paysages. Le récit évoque également les bouleversements environnementaux et la nécessité, pour les jeunes générations, de construire leur propre identité sans renoncer entièrement à ce qui les a précédées.

Yoshitoshi Shinomiya, un artiste au service de l’animation

Avec ce premier long métrage, Yoshitoshi Shinomiya transpose au cinéma une sensibilité artistique façonnée par la peinture traditionnelle japonaise. Né en 1980, cet artiste s’est notamment fait connaître pour sa contribution à l’univers visuel des films de Makoto Shinkai, dont Your Name et The Garden of Words. Peintre spécialisé dans le nihonga, une technique picturale japonaise traditionnelle, il développe également son activité dans l’illustration, les clips musicaux, la publicité et le design.

Sur A New Dawn, Shinomiya cumule les fonctions de réalisateur, scénariste et concepteur artistique. Il participe également à la conception des personnages, donnant au film une identité visuelle étroitement liée à son propre univers pictural.

La représentation des gestes artisanaux, notamment ceux liés à la fabrication des feux d’artifice, participe également à l’identité de l’œuvre. La musique de Shuta Hasunuma accompagne ce récit où la création artistique devient une forme de résistance à la disparition.

L’animation en deux dimensions privilégie le travail des couleurs, des matières et des paysages. Le vert occupe une place particulièrement importante dans cette recherche esthétique. Il fait notamment écho au Paris green, un pigment historique dont la toxicité a conduit à l’abandon de certains usages. Cette référence donne une résonance supplémentaire au film, en reliant les choix artistiques à la fragilité de l’environnement et aux traces laissées par les activités humaines.

Une œuvre entre tradition et avenir

Avec A New Dawn, Yoshitoshi Shinomiya propose une réflexion sur la transmission et la capacité à se réinventer lorsque les repères du passé s’effacent. La fabrique de feux d’artifice symbolise un héritage menacé, tandis que la quête de Keitaro traduit la difficulté de faire le deuil d’une histoire inachevée.

Le film ne se limite toutefois pas à la nostalgie. À travers ses jeunes personnages, il interroge la possibilité de transformer une mémoire douloureuse en point de départ. Le feu d’artifice, éphémère par nature, devient alors une métaphore de la création : un instant lumineux capable de faire dialoguer le passé et l’avenir.

Sa présence au BIFF témoigne de l’intérêt porté aux nouvelles perspectives de l’animation japonaise. A New Dawn illustre la vitalité d’une génération de cinéastes désireux d’explorer d’autres formes narratives et visuelles, en associant une esthétique singulière à des interrogations profondément contemporaines.

Fiche technique

  • Titre international : A New Dawn
  • Titre japonais : Hanarokusho ga Akeru Hi ni (花緑青が明ける日に)
  • Réalisation et scénario : Yoshitoshi Shinomiya
  • Pays de production : Japon, France
  • Année : 2026
  • Genre : film d’animation, drame, récit initiatique
  • Durée : environ 75 à 76 minutes
  • Technique : animation traditionnelle en 2D
  • Langue originale : japonais
  • Direction artistique : Yoshitoshi Shinomiya
  • Design des décors : Akiko Majima
  • Conception des personnages : Yoshitoshi Shinomiya et Utsushita (Minakata Laboratory)
  • Musique : Shuta Hasunuma
  • Distribution vocale : Riku Hagiwara (Keitaro Obinata), Kotone Furukawa (Kaoru Shikimori), Miyu Irino (Sentaro)
  • Production : Asmik Ace, Miyu Productions, avec la participation de Studio Outrigger
  • Ventes internationales : Charades
  • Distribution française annoncée : ADN
  • Festivals : Berlinale 2026, Festival international du film d’animation d’Annecy 2026, 31e Festival international du film de Busan
  • Distinction : prix du jury de la section Contrechamp au Festival d’Annecy 2026

Avec ce premier long métrage, Yoshitoshi Shinomiya signe une œuvre qui associe la délicatesse de la peinture japonaise à des préoccupations contemporaines. En faisant d’un dernier feu d’artifice le symbole d’un héritage à préserver, A New Dawn rappelle que la disparition d’un lieu ou d’un savoir-faire ne signifie pas nécessairement la fin de ce qu’il a transmis.

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