Présenté en compétition au 31e Festival international du film de Busan, Shaving de Kim Jung-hoon s’impose comme un thriller psychologique aux frontières de l’horreur et du fantastique. Treize ans après son premier long métrage Tinker Ticker, le réalisateur revient avec une œuvre particulièrement sombre, dans laquelle un geste quotidien apparemment anodin devient le déclencheur d’une véritable descente aux enfers.

Le film suit Suyeon, une jeune romancière spécialisée dans les récits horrifiques, qui traverse une période difficile. Elle peine à terminer son nouveau roman et vit dans un état d’anxiété permanent, alors que des blessures anciennes continuent de peser sur son existence. Pour les vacances, son compagnon Shinji la rejoint dans une maison isolée à la campagne. Tous deux espèrent profiter de quelques jours de calme, loin du tumulte quotidien.
Mais cette parenthèse va rapidement tourner au cauchemar.
Alors qu’il se rase avec un vieux rasoir, Shinji se coupe accidentellement au visage. À partir de cet instant, quelque chose bascule. Son visage, jusque-là familier et séduisant, semble se transformer sous les yeux de Suyeon, devenant méconnaissable, déformé et inquiétant. Plus troublant encore, cette métamorphose physique s’accompagne d’un changement profond de comportement. La colère, la violence et la folie prennent progressivement le dessus.
Le rasage devient alors le point de départ d’une spirale incontrôlable. À mesure que Shinji sombre dans une rage de plus en plus menaçante, les traumatismes que Suyeon avait tenté de contenir refont surface. Le présent et le passé commencent à se confondre, tandis que ses peurs les plus profondément enfouies ressurgissent.
Derrière les apparences du récit horrifique, Shaving s’intéresse ainsi à une autre forme de violence : celle de la possession et de la domination exercées au nom de l’amour. La transformation de Shinji devient une manifestation physique et presque monstrueuse d’une relation fondée sur l’emprise. Pour Suyeon, le véritable enjeu n’est plus seulement de survivre à une menace extérieure, mais de parvenir à reprendre possession de sa propre existence.

Le film construit ainsi son suspense autour d’une question essentielle : jusqu’où une personne peut-elle aller pour échapper à une relation qui l’a enfermée dans la peur ? L’horreur devient progressivement le prolongement d’un traumatisme intime, tandis que Suyeon passe d’une apparente fragilité à une détermination de plus en plus forte.
Kim Jung-hoon mêle plusieurs registres — drame psychologique, mystère, thriller et horreur — afin de créer une atmosphère de plus en plus oppressante. Le réalisateur joue notamment sur la transformation de Shinji et sur l’ambiguïté entre réalité, traumatisme et manifestation fantastique. Le rasoir, objet banal du quotidien, acquiert ainsi une dimension inquiétante et devient le symbole d’un basculement irréversible.
Au centre du film, Roh Jeong-eui interprète Suyeon avec une évolution particulièrement importante du personnage. D’abord présentée comme anxieuse et vulnérable, elle révèle progressivement une capacité de résistance qui constitue le véritable moteur dramatique du récit. Le BIFF souligne notamment sa capacité à faire évoluer son personnage vers une détermination vitale.
Face à elle, l’acteur japonais Show Kasamatsu incarne Shinji. Connu notamment pour ses rôles dans Tokyo Vice, Gannibal et Love You as the World Ends, il apporte au personnage une présence inquiétante, capable de passer progressivement d’une apparente normalité à une violence beaucoup plus dérangeante. Son parcours international constitue également l’une des particularités du casting de Shaving.
Le troisième rôle majeur est tenu par Byun Yo-han, acteur particulièrement reconnu du cinéma et de la télévision sud-coréens. Diplômé de la Korea National University of Arts, il s’est fait remarquer au cinéma avec Tinker Ticker et Socialphobia, avant de connaître une large reconnaissance grâce notamment aux séries Misaeng, Six Flying Dragons et Mr. Sunshine. Il a également joué dans The Book of Fish, On the Line et Hansan: Rising Dragon. Sa présence dans Shaving apporte une dimension supplémentaire à l’univers inquiétant du film.
Roh Jeong-eui, née en 2001, possède quant à elle une longue expérience malgré son jeune âge. Elle débute à seulement dix ans à la télévision et au cinéma, avant de se faire remarquer dans The Phantom Detective puis dans plusieurs séries. Elle gagne une reconnaissance plus large avec 18 Again, The Witch et Crushology 101. Shaving marque une nouvelle étape dans son parcours, avec un rôle plus sombre et physiquement exigeant.
Le casting est complété par Shin Ryu-jin, qui figure également au générique principal du film.
À la réalisation, Kim Jung-hoon signe seulement son deuxième long métrage. Né en 1982, il commence à tourner des films alors qu’il étudie à l’Université nationale de Séoul, au sein du ciné-club Yala Shang. Il travaille ensuite au département réalisation de Where the Truth Lies de Hong Ki-seon avant d’intégrer la Korean Academy of Film Arts. Son premier long métrage, Tinker Ticker, sorti en 2013, est sélectionné au Festival international du film de Tokyo. Treize ans plus tard, Shaving confirme son intérêt pour des personnages confrontés à une colère et à une violence profondément enracinées.
Fiche technique
Titre original : 면도
Titre international : Shaving
Pays : Corée du Sud
Année : 2026
Réalisation : Kim Jung-hoon
Scénario : Hong Seong-yoon, Roh Do-hyeon
Production : Han Hee-sung
Société de production : Starplatinum
Producteurs superviseurs : Hannah Lee, Chanhee Lee
Assistant réalisateur : Woncheon Bae
Photographie : Jung Grim
Montage : Park Junghwan
Musique : DPR
Direction artistique : Kim Min-hye
Casting : Roh Jeong-eui, Show Kasamatsu, Byun Yo-han, Shin Ryu-jin
Durée : 93 minutes
Format : DCP, couleur
Classification au BIFF : 15 ans
Première mondiale : Festival international du film de Busan 2026
Section : Compétition
Ventes internationales : Contents Panda.

Avec Shaving, Kim Jung-hoon utilise donc les codes du film de genre pour explorer une question profondément humaine : comment se libérer d’une emprise lorsque celle-ci a fini par s’inscrire dans la mémoire, le corps et la perception du réel ? Entre horreur psychologique et drame sur les violences de l’emprise, le film transforme un geste quotidien en déclencheur d’une véritable lutte pour reprendre le contrôle de sa propre vie.
Présenté en première mondiale le 8 octobre au Busan International Film Festival, Shaving fait partie des quatorze longs métrages de la compétition 2026.
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