Au début de l’automne, les rizières en terrasses d’Obasute, à Chikuma dans la préfecture de Nagano, changent de visage. Après les verts intenses du printemps et de l’été, les épis de riz arrivés à maturité couvrent les parcelles d’une éclatante teinte dorée. Sur les pentes qui dominent la plaine de Zenkoji et la rivière Chikuma, les quelque 1 500 petites parcelles composent alors l’un des paysages agricoles les plus emblématiques du Shinshu, l’ancien nom de la région de Nagano.

Installées entre environ 460 et 560 mètres d’altitude, les rizières d’Obasute s’étendent sur les pentes du massif de Sanmine. Leur histoire est intimement liée à la maîtrise de l’eau. Si certaines parcelles existaient déjà à l’époque médiévale, le développement à grande échelle des rizières s’est accéléré avec la mise en place du système d’irrigation alimenté notamment par l’étang d’Ōike. Entre le XVIIIe et le XIXe siècle, les réseaux d’eau ont permis d’étendre progressivement les cultures sur les pentes.

Ici, chaque parcelle est reliée à la suivante par un ingénieux système d’irrigation appelé « tagoshi » : l’eau passe successivement d’une rizière à celle située en contrebas. Des dispositifs de drainage souterrains, connus sous le nom de « ganise », complètent ce réseau traditionnel. Cette organisation témoigne des connaissances accumulées au fil des générations pour exploiter des terrains pentus et conserver l’eau indispensable à la culture du riz.
Mais le paysage d’Obasute raconte le cycle annuel de la riziculture japonaise.
Au printemps, les travaux commencent par la préparation des terres et la mise en eau des parcelles. Les rizières sont nivelées et irriguées avant la plantation. Lorsque les températures deviennent suffisamment douces, les jeunes plants de riz sont repiqués dans les champs, généralement entre mai et le début du mois de juin selon les conditions locales. À Obasute, cette période transforme les terrasses en une succession de miroirs où se reflètent le ciel et les montagnes.

Durant l’été, le riz poursuit sa croissance sous l’effet de la chaleur et de l’ensoleillement. Les agriculteurs surveillent attentivement le niveau de l’eau, entretiennent les digues et éliminent les mauvaises herbes. Les plants développent progressivement leurs tiges avant de former leurs panicules, ces épis caractéristiques qui porteront les grains.
Puis vient l’automne. Après la floraison et la maturation des grains, les épis se courbent sous leur poids et les rizières prennent peu à peu cette couleur jaune doré qui fait aujourd’hui la renommée d’Obasute. La récolte intervient généralement à la fin septembre dans la région.
Dans ces petites parcelles installées sur des pentes parfois difficiles d’accès, les méthodes traditionnelles conservent une place importante. Après la coupe des plants, les gerbes de riz sont regroupées et suspendues sur des structures en bois appelées « hazakake ». Cette technique ancestrale permet au riz de sécher naturellement au soleil et au vent pendant environ deux semaines avant le battage.
Le séchage sur claies est une étape essentielle du travail agricole. Les gerbes, alignées les unes à côté des autres, dessinent alors dans le paysage de longues silhouettes qui témoignent du travail accompli durant toute une saison. Une fois suffisamment sec, le riz est battu afin de séparer les grains de la paille, avant les opérations de décorticage et de transformation.
À Obasute, le calendrier du riz rythme ainsi toute la vie du paysage : les parcelles inondées et brillantes du printemps, les jeunes plants verts de l’été, les épis dorés de septembre puis les gerbes suspendues après la récolte. Chaque saison apporte sa propre lumière et sa propre couleur à ces terrasses façonnées par des siècles de travail agricole.

Cette relation entre l’homme, l’eau et la montagne explique la valeur patrimoniale exceptionnelle du site. Obasute est notamment connu pour le « Tagoto no Tsuki », littéralement « la lune dans chaque rizière », une image poétique née du reflet de la lune dans les multiples parcelles d’eau. Le lieu est également désigné comme site pittoresque national et, depuis 2010, comme « paysage culturel important » pour la valeur de son organisation agricole traditionnelle.
Lorsque l’automne arrive et que les rizières prennent leur éclat doré, Obasute offre ainsi bien davantage qu’un magnifique panorama. Il donne à voir un paysage agricole vivant, dans lequel chaque terrasse, chaque canal et chaque gerbe de riz rappelle une longue histoire de savoir-faire transmis de génération en génération.
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