Le gouvernement sud-coréen a rendu un hommage solennel à Suh Myung-sook, fondatrice de la Jeju Olle Foundation, en lui décernant à titre posthume la Médaille Moran de l’Ordre du Mérite civil, l’une des plus hautes distinctions civiles du pays. Disparue en avril dernier à l’âge de 68 ans, elle laisse derrière elle un héritage qui a profondément transformé la manière de voyager en Corée du Sud et inspiré des initiatives bien au-delà de ses frontières.

La médaille a été remise à sa famille lors d’une cérémonie organisée au Jeju Olle Traveler Center, sur l’île de Jeju, en présence du ministre de la Culture, des Sports et du Tourisme, Chae Hwi-young. Le ministère a salué celle qui a su créer, grâce à la randonnée, « un espace écologique et culturel durable où la nature, les voyageurs et les habitants coexistent en harmonie ».

Une idée née sur les chemins de Compostelle

L’histoire de Jeju Olle débute en 2007. Ancienne journaliste, Suh Myung-sook revient profondément marquée par son pèlerinage sur le Camino de Santiago, le célèbre chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle en Espagne. Convaincue que la marche permet de renouer avec soi-même et avec les autres, elle imagine un réseau de sentiers offrant une découverte plus authentique de son île natale.

Le mot « Olle » désigne, dans le dialecte de Jeju, le petit chemin reliant la rue principale à l’entrée d’une maison. Un terme simple qui résume parfaitement la philosophie du projet : privilégier les rencontres, la lenteur et la proximité avec les paysages plutôt qu’un tourisme de consommation.

À une époque où les visiteurs parcouraient essentiellement Jeju en voiture, enchaînant parcours de golf et sites touristiques, l’idée de venir sur l’île uniquement pour marcher paraissait audacieuse. Pourtant, le pari s’est révélé visionnaire.

Le succès du « slow travel » coréen

Près de vingt ans plus tard, le réseau compte 27 itinéraires totalisant 437 kilomètres, qui serpentent principalement le long des côtes volcaniques de Jeju. Les sentiers traversent plages de lave noire, villages de pêcheurs, champs de mandariniers, forêts et anciens cônes volcaniques, ils révélent une île bien différente des circuits classiques.

En avançant à pied, les voyageurs prennent le temps d’échanger avec les habitants, de découvrir les spécialités locales et d’apprécier les paysages au rythme de la marche. Cette approche, aujourd’hui qualifiée de slow travel, est devenue l’une des signatures du tourisme durable en Corée du Sud.

Le succès est considérable : à la fin du mois de juin, les sentiers de Jeju Olle avaient accueilli 13,4 millions de marcheurs depuis leur création. Ils ont contribué à faire évoluer durablement les habitudes de voyage des Coréens.

Un modèle exporté à l’international

L’influence de Jeju Olle dépasse désormais largement les frontières coréennes.

En 2011, la fondation signe un partenariat avec l’Organisation de promotion touristique de Kyushu, au Japon. Cette coopération donne naissance, en février 2012, aux sentiers Kyushu Olle, première adaptation internationale du concept.

Les parcours japonais reprennent plusieurs symboles emblématiques de Jeju, notamment Ganse, le célèbre poteau indicateur inspiré du petit cheval natif de l’île, ainsi que le système de balisage. Si Jeju utilise des rubans bleus et orange, les itinéraires japonais arborent des rubans bleus et écarlates, en référence aux traditionnels portiques des sanctuaires shinto.

Le concept a ensuite été développé dans la préfecture japonaise de Miyagi, puis en Mongolie, faisant de Jeju Olle une référence internationale en matière de coopération culturelle, de tourisme durable et de valorisation des territoires par la marche.

Un lien symbolique avec Saint-Jacques-de-Compostelle

L’histoire s’est refermée de manière particulièrement symbolique en 2022. Cette année-là, la Jeju Olle Foundation et les responsables du Camino de Santiago ont instauré un système de certification commun.

Les marcheurs ayant parcouru au moins 100 kilomètres sur chacun des deux itinéraires peuvent désormais obtenir un certificat conjoint ainsi qu’une médaille commémorative, délivrés aussi bien à Jeju qu’en Espagne.

Cette initiative souligne les valeurs partagées par ces deux grands chemins : le voyage lent, la découverte des territoires, les échanges humains et le respect de l’environnement.

Une vision qui continue de guider le tourisme

En moins de deux décennies, Suh Myung-sook a démontré que la randonnée pouvait devenir un puissant moteur de développement local, tout en préservant les paysages et en renforçant les liens entre visiteurs et communautés.

Son œuvre a contribué à faire de Jeju l’une des grandes destinations mondiales de la marche et a largement participé à l’essor du tourisme durable en Asie. Aujourd’hui encore, les sentiers Jeju Olle invitent des millions de voyageurs à découvrir l’île autrement : un pas après l’autre, au rythme de la nature.

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