Un an après son inscription sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, le paysage culturel des pétroglyphes du ruisseau Bangucheon, dans la région d’Ulsan, demeure confronté à d’importants défis de conservation. Si cette reconnaissance internationale a consacré l’un des ensembles d’art rupestre les plus remarquables d’Asie, elle n’a pas mis fin aux menaces qui pèsent sur ces œuvres gravées il y a plusieurs millénaires. Le dernier rapport de surveillance publié par les autorités sud-coréennes du patrimoine révèle que les deux principaux sites, Bangudae et Cheonjeon-ri, continuent de subir les effets des inondations, de l’érosion naturelle et de la dégradation biologique.

Inscrits au patrimoine mondial le 12 juillet 2025, les pétroglyphes de Bangucheon constituent le 17ᵉ site culturel sud-coréen reconnu par l’UNESCO. Niché au cœur d’une vallée façonnée par le ruisseau Bangucheon, ce paysage exceptionnel rassemble deux ensembles rupestres séparés de quelques kilomètres, dont la richesse archéologique offre un témoignage unique sur plus de six millénaires d’histoire humaine.

Les gravures les plus anciennes remontent au Néolithique, vers 5000 avant notre ère, tandis que d’autres ont été réalisées jusqu’au IXᵉ siècle de notre ère. Cette longue continuité fait du site une véritable chronique gravée dans la pierre, illustrant l’évolution des sociétés qui se sont succédé dans le sud-est de la péninsule coréenne, depuis les communautés de chasseurs-pêcheurs jusqu’aux premiers royaumes historiques.

Le cœur du site est constitué des célèbres pétroglyphes de Bangudae, découverts en 1971 et aujourd’hui considérés comme l’un des plus importants ensembles d’art rupestre d’Asie orientale. Gravées sur une vaste paroi rocheuse dominant le cours d’eau, plus de trois cents figures représentent avec une remarquable précision des baleines, des dauphins, des phoques, des tortues marines, des cerfs, des tigres, des sangliers ainsi que des silhouettes humaines, des embarcations et des scènes de chasse.

Ces représentations sont particulièrement précieuses pour les archéologues. Les nombreuses scènes consacrées à la chasse à la baleine figurent parmi les plus anciennes connues au monde et témoignent d’une maîtrise déjà très élaborée de la navigation et des techniques de chasse en mer. Elles révèlent également l’importance économique, sociale et probablement spirituelle que revêtaient les grands mammifères marins pour ces populations préhistoriques. À travers ces gravures, les chercheurs reconstituent peu à peu le mode de vie de communautés qui vivaient en étroite relation avec leur environnement marin, bien avant l’apparition des premières civilisations de la région.

À quelques kilomètres en amont, le site de Cheonjeon-ri présente un visage très différent. Les parois y sont couvertes de centaines de motifs géométriques, de figures animales, de symboles abstraits, mais aussi d’inscriptions datant des périodes historiques, notamment du royaume de Silla. Cette superposition d’œuvres réalisées à différentes époques constitue un véritable livre ouvert sur l’évolution des croyances, des pratiques rituelles et de l’organisation sociale pendant près de six mille ans. Pour les anthropologues, Cheonjeon-ri illustre la manière dont un même lieu a conservé sa dimension sacrée à travers les siècles, chaque génération y laissant l’empreinte de sa vision du monde.

L’ensemble de Bangucheon représente ainsi bien davantage qu’un simple site archéologique. Il constitue une mémoire exceptionnelle des premières sociétés maritimes d’Asie orientale et l’un des rares témoignages permettant de comprendre les relations complexes qu’entretenaient les populations préhistoriques avec la nature, les animaux et les paysages qui les entouraient. C’est cette valeur universelle exceptionnelle qui a conduit l’UNESCO à reconnaître le site comme un patrimoine de l’humanité.
Pourtant, malgré cette distinction, sa préservation reste une préoccupation majeure.
Selon le rapport annuel publié par le Korea Heritage Service et le National Research Institute of Cultural Heritage, les pétroglyphes de Bangudae demeurent particulièrement vulnérables aux inondations provoquées par le barrage de Sayeon, situé à environ quatre kilomètres et demi en aval. Durant l’été 2025, la paroi principale est restée immergée pendant 37 jours, quelques jours seulement après l’inscription du site au patrimoine mondial. Les fortes pluies entraînent régulièrement une montée des eaux qui recouvre entièrement les gravures lorsque le niveau du réservoir atteint une certaine hauteur. Ce phénomène s’était déjà produit à plusieurs reprises au cours des dernières années, fragilisant progressivement la surface de la roche.
Afin de remédier à cette situation, le gouvernement sud-coréen prévoit l’installation de nouvelles vannes de régulation ainsi que d’une tour de captage au barrage de Sayeon. Ces aménagements, dont l’achèvement est prévu à l’horizon 2030, devraient permettre de mieux contrôler le niveau de l’eau tout en garantissant l’approvisionnement en eau potable de la région d’Ulsan.
Le second ensemble, celui de Cheonjeon-ri, fait également l’objet d’une surveillance renforcée. Les spécialistes y observent une progression de la colonisation biologique de la roche, ainsi qu’une altération progressive des surfaces gravées sous l’effet des intempéries et du vieillissement naturel de la pierre. Des relevés numériques en trois dimensions, des analyses géologiques et un suivi scientifique permanent sont désormais mis en œuvre afin d’évaluer l’évolution de chaque panneau et d’intervenir avant que les dégradations ne deviennent irréversibles.
Un an après leur inscription sur la Liste du patrimoine mondial, les pétroglyphes de Bangucheon rappellent que la reconnaissance internationale ne constitue pas une fin en soi. Elle s’accompagne d’une responsabilité collective : celle de préserver un héritage exceptionnel qui raconte plus de six mille ans d’histoire humaine. À travers ces silhouettes de baleines, de chasseurs et d’animaux gravées dans la pierre, c’est une part essentielle des origines des sociétés maritimes d’Asie orientale qui continue de dialoguer avec notre époque. Leur sauvegarde représente aujourd’hui un enjeu majeur, non seulement pour la Corée du Sud, mais aussi pour l’ensemble du patrimoine culturel mondial.
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