Longtemps considérées comme l’un des symboles les plus forts de la « Korean Wave » (Hallyu), les séries sud-coréennes entrent dans une nouvelle phase de leur développement. Face à l’explosion des coûts de production et à la saturation progressive du marché intérieur, les studios misent désormais sur des coproductions internationales réunissant créateurs, diffuseurs et acteurs de plusieurs pays.

Cette stratégie vise à élargir l’audience mondiale des K-dramas tout en partageant les investissements. Mais elle soulève également une question essentielle : à force de vouloir séduire tous les publics, ces productions risquent-elles de perdre leur identité ?

Une nouvelle génération de séries transnationales

L’un des exemples les plus marquants est « Human Vapor », disponible sur Netflix depuis le 2 juillet. Cette série fantastique en huit épisodes réunit le réalisateur sud-coréen Yeon Sang-ho, célèbre pour Train to Busan et Hellbound, le scénariste Ryu Yong-jae et le réalisateur japonais Katayama Shinzo.

Inspirée d’un classique japonais de la science-fiction, la série met en scène un casting entièrement japonais, avec Aoi Yu, Shun Oguri et la jeune révélation Uchida Uta, petit-fils de la légendaire actrice Kirin Kiki. L’intrigue suit une journaliste et un détective enquêtant sur un mystérieux individu capable de se transformer en gaz.

L’objectif est clair : créer une œuvre capable de séduire simultanément les marchés coréen, japonais et international.

Les coproductions se multiplient

Cette dynamique ne fait que s’accélérer. À l’automne, la série « Kidnap Game » réunira des partenaires de Corée du Sud, du Japon et de Hong Kong. Le thriller suivra une vague d’enlèvements simultanés dans sept grandes métropoles asiatiques.

Le casting reflète cette ambition régionale avec notamment Lee Joon-gi (Corée), Kentaro Sakaguchi (Japon), ainsi que des comédiens originaires de Taïwan, Hong Kong, Singapour, des Philippines et de Thaïlande. La diffusion est déjà prévue sur les chaînes nationales coréennes et japonaises, tandis que la plateforme Viu assurera sa distribution dans une grande partie de l’Asie du Sud-Est, au Moyen-Orient et en Afrique du Sud.

Les plateformes de streaming suivent également cette tendance. Disney+ prépare « Merry Berry Love », sa première comédie romantique multiculturelle. Produite conjointement par CJ ENM et Nippon TV, la série associera l’acteur coréen Ji Chang-wook et l’actrice japonaise Mio Imada dans une romance se déroulant sur une île rurale du Japon.

Un modèle économique devenu indispensable

Selon Lee Sung-min, professeur associé au département des médias de la Korea National Open University, ces coproductions répondent avant tout à une logique économique.

Partager les investissements permet de réduire les coûts de production, tandis que de nombreux pays proposent aujourd’hui des aides financières destinées à attirer les tournages, conscients des retombées touristiques qu’ils génèrent.

À cela s’ajoute la nécessité pour les producteurs de dépasser les limites du marché national.

Le Japon apporte un vaste catalogue d’œuvres originales susceptibles d’être adaptées, la Corée du Sud dispose d’un savoir-faire reconnu en matière de production télévisuelle, tandis que des partenaires internationaux peuvent contribuer au financement et faciliter l’accès aux marchés occidentaux.

Le défi de préserver une identité

Cette ouverture internationale n’est cependant pas sans risques. Plus une série cherche à satisfaire plusieurs marchés, plus il devient difficile d’identifier clairement son public principal. Les différences culturelles influencent les attentes des spectateurs, qu’il s’agisse du rythme narratif, de l’humour, des personnages ou encore de la mise en scène.

Les équipes créatives doivent également concilier des visions parfois très différentes entre producteurs et diffuseurs issus de plusieurs pays, ce qui peut rendre les arbitrages artistiques particulièrement complexes.

Malgré l’intérêt suscité par plusieurs projets récents, peu de coproductions internationales ont jusqu’à présent rencontré un véritable succès mondial comparable aux grands K-dramas entièrement coréens.

Le Japon, partenaire privilégié

Dans ce contexte, le Japon apparaît comme le partenaire naturel de la Corée du Sud. Le marché chinois demeure largement inaccessible en raison des restrictions liées à la politique dite du « han-han-ryeong », qui limite depuis plusieurs années la diffusion des contenus culturels sud-coréens. Quant aux marchés d’Asie du Sud-Est, ils continuent d’afficher une croissance rapide mais restent encore plus fragmentés.

Le Japon offre au contraire un environnement stable, une industrie audiovisuelle solide, des relations de travail déjà bien établies et une proximité culturelle qui facilite les collaborations.

Une industrie en pleine expérimentation

Pour les spécialistes, cette nouvelle vague de coproductions constitue avant tout une phase d’apprentissage. Chaque projet permet aux studios d’affiner leurs méthodes de travail, de mieux comprendre les attentes des différents publics et d’identifier les modèles les plus efficaces.

Les prochaines années diront si ces productions transnationales deviendront la nouvelle norme de l’industrie audiovisuelle asiatique ou si les K-dramas continueront de privilégier les créations profondément ancrées dans leur identité coréenne.

Une chose est certaine : à mesure que les frontières s’estompent entre les industries du divertissement asiatique, les séries coréennes s’engagent dans une nouvelle étape de leur évolution, où l’équilibre entre ambition mondiale et identité culturelle sera plus déterminant que jamais.

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