La hausse continue des cours du café sur les marchés internationaux pousse de nouvelles entreprises japonaises à investir dans une activité jusqu’ici marginale dans l’archipel : la culture des caféiers. Face à une production mondiale fragilisée par les sécheresses prolongées et les vagues de chaleur liées au changement climatique, plusieurs groupes industriels voient dans le café une opportunité économique prometteuse.

© 2026 (SL75)

Traditionnellement cultivé dans les régions tropicales proches de l’équateur, le café reste une plante particulièrement sensible aux variations de température. Au Japon, sa production n’est possible qu’au sein de serres où les conditions climatiques peuvent être rigoureusement contrôlées.

© 2026 (SL75)
© 2026 (SL75)

À Soja, dans la préfecture d’Okayama, la société Nichibei United Corp., spécialisée dans le négoce d’énergie, a lancé en 2024 une nouvelle activité consacrée à la culture du café. L’entreprise a installé plus de 1 100 caféiers de variété Typica dans huit serres. Ce projet a nécessité d’importants ajustements techniques, notamment après des inondations survenues dès la première année d’exploitation. Des systèmes de drainage ont dû être mis en place, tandis que des équipements supplémentaires ont été installés pour maintenir des températures comprises entre 18 et 24 degrés tout au long de l’année. La variété Typica, réputée pour la qualité de ses grains mais aussi pour sa fragilité, constitue le cœur de la stratégie de l’entreprise, qui ambitionne de commercialiser à terme un café entièrement produit au Japon et positionné sur le segment ultra-premium.

Dans la préfecture d’Aichi, le fabricant de verre Ishizuka Glass Co. s’est lui aussi engagé dans cette voie. Depuis le printemps 2025, l’entreprise mène un essai de culture portant sur une dizaine de variétés de caféiers. Pour chauffer ses serres, elle valorise la chaleur résiduelle générée par ses fours industriels, dont la température atteint environ 300 degrés. Cette démarche s’inscrit dans une logique de réutilisation énergétique tout en ouvrant de nouvelles perspectives de diversification.

L’engouement pour cette culture se reflète également dans l’activité des fournisseurs spécialisés. Yamako Farm, principal producteur de plants de café du pays, a déjà vendu près de 10 000 jeunes plants à une soixantaine d’entreprises japonaises. La demande est telle que l’entreprise reçoit plusieurs centaines de sollicitations lors des salons professionnels, au point de devoir parfois limiter les commandes en raison des investissements nécessaires à l’augmentation de sa capacité de production.

Une longue histoire de consommation, une courte histoire de production

Si la culture du café demeure récente au Japon, la consommation de cette boisson y possède une histoire plus ancienne. Introduit au XVIIe siècle par les marchands hollandais, le café est longtemps resté un produit rare avant de gagner en popularité à partir de l’ère Meiji (1868-1912), période d’ouverture et de modernisation du pays. Au XXe siècle, les célèbres « kissaten », cafés traditionnels japonais, contribuent à ancrer durablement cette culture dans les habitudes urbaines. Après la Seconde Guerre mondiale, la consommation progresse fortement avec l’essor économique du pays. Le Japon devient alors l’un des principaux importateurs mondiaux de café.

© 2026 (SL75)

Aujourd’hui, l’archipel est reconnu pour l’exigence de ses consommateurs et le développement d’une scène café particulièrement sophistiquée, allant des chaînes nationales aux torréfacteurs artisanaux spécialisés. Cependant, la quasi-totalité du café consommé au Japon reste importée. Les initiatives actuelles de culture sous serre marquent donc une évolution inédite, motivée à la fois par les tensions sur l’approvisionnement mondial et par la volonté de produire localement un café à forte valeur ajoutée.

Si les volumes demeurent encore modestes, ces projets pourraient préfigurer l’émergence d’une filière japonaise du café, capable de répondre à une partie de la demande intérieure tout en misant sur l’excellence et la rareté.

© 2026 (SL75)

Tendances