Présent à la Quinzaine des cinéastes, le cinéma d’animation japonais se fait discret cette année à Cannes avec seulement deux œuvres sélectionnées : le court-métrage Eri, présenté par Julien Rejl comme « une histoire d’amour queer entre deux vaches », et We Are Aliens, long-métrage de Kohei Kadokawi qui explore les blessures persistantes de l’enfance.

Présenté à la Quinzaine 2026 et en lice pour la Caméra d’or, We Are Aliens, un monde entre nous marque l’arrivée remarquée du cinéaste japonais Kohei Kadowaki dans le paysage du long métrage d’animation. Dévoilé en première mondiale, ce film de 117 minutes explore avec délicatesse les fractures invisibles de l’enfance et les cicatrices laissées par la culpabilité.
Tout commence par une phrase presque anodine : « Hé — et si je te disais que j’étais un extraterrestre ? » Dans une petite ville japonaise, la confidence d’un garçon fait vaciller le quotidien d’un autre adolescent ordinaire. Une trahison silencieuse, presque banale en apparence, entraîne alors une succession d’événements qui poursuivront le protagoniste durant toute sa vie. Entre souvenirs enfouis, remords et quête d’identité, le film dessine le portrait sensible d’une jeunesse incapable de réparer pleinement ses blessures.
À première vue, We Are Aliens semble s’inscrire dans la tradition des récits scolaires japonais centrés sur l’amitié adolescente. L’histoire suit Tsubasa, garçon timide, et Gyotaro, camarade turbulent avec lequel il noue une relation aussi intense qu’improbable. Jeux d’enfants, parties clandestines de GameCube et souvenirs de jeunesse installent d’abord le film dans une douce nostalgie. Mais rapidement, Kadokawi fait bifurquer son récit vers des territoires plus sombres : plutôt qu’une chronique amicale au long cours, le réalisateur dissèque les conséquences dévastatrices d’une amitié brisée à l’âge de huit ans.

Le film impressionne par son esthétique singulière, mêlant décors en 3D et traits de crayon apparents, notamment sur les visages, où de fines hachures traduisent les moindres variations émotionnelles. Cette hybridation visuelle permet à Kadokawi de plonger au plus près de la psyché de ses personnages. L’animation devient alors un outil de déformation du réel, capable de matérialiser les peurs enfantines de Tsubasa, qui finit par percevoir Gyotaro comme une créature extraterrestre.

Avec cette œuvre, Kohei Kadowaki impose une écriture visuelle singulière. Diplômé du département design de l’Université des arts de Tokyo, le réalisateur a d’abord travaillé dans la production d’animation avant de devenir indépendant. Il participe ensuite à la scénographie de pièces de théâtre et à la création de vidéos publicitaires, des expériences qui nourrissent aujourd’hui son approche cinématographique.

Son univers esthétique mêle animation traditionnelle, références en 3D CGI et séquences inspirées de prises de vues réelles. Cette hybridation donne au film une texture particulière, à la fois concrète et onirique, où les émotions semblent flotter entre réalité et imaginaire. Loin du spectaculaire, We Are Aliens, un monde entre nous privilégie une tension intime, portée par une mise en scène sensorielle et mélancolique.
À travers cette histoire d’amitié brisée et de mémoire impossible à effacer, Kohei Kadowaki livre un premier long métrage profondément humain. Un film qui parle autant de solitude que du besoin désespéré d’être compris, même lorsqu’on se sent étranger au monde qui nous entoure.
- « We are Aliens, un monde entre nous » 我々は宇宙人
- Réalisation: Kohei Kadowaki
- Scénario: Kohei Kadowaki
- Pays: Japon, France
- Production: Nothing New, Miyu Productions
- Casting: Ryota Bando, Amane Okayama
- Durée:102 minutes
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