Il aura fallu attendre dix ans pour revoir Na Hong-jin derrière la caméra. Mais à Cannes, le retour du réalisateur sud-coréen s’est transformé en véritable événement. Présenté dimanche en compétition officielle du 79e Festival de Cannes, “Hope” a déclenché une standing ovation de sept minutes dans le Grand Théâtre Lumière, propulsant instantanément le film parmi les sensations les plus commentées de cette édition.

Go Soo, Hwang Jeong-min, Na Hong-jin, Michael Fassbender, Alicia Vikander, Taylor Russell et Hoyeon assistent à la première de Hope au 79e Festival de Cannes © (newscom/SL75)

Projeté à partir de 21h30 malgré une durée imposante de 2h40, le long-métrage a retenu jusqu’au bout l’attention des 2 300 spectateurs présents. À l’issue de la séance, Na Hong-jin, visiblement ému, a remercié le public à plusieurs reprises : « Merci sincèrement d’avoir accompagné ce film jusqu’à la toute fin. »

Connu pour ses thrillers sombres et nerveux comme “The Chaser” (2008), “The Yellow Sea” (2010) ou “The Wailing” (2016), le cinéaste signe ici une œuvre radicalement plus ambitieuse sur le plan du genre. Dans une sélection cannoise traditionnellement dominée par des drames d’auteur, la présence d’un blockbuster de science-fiction peuplé d’extraterrestres a surpris autant qu’intrigué. Le média américain Deadline a d’ailleurs souligné le caractère « rare » d’un tel film en compétition officielle.

L’intrigue se déroule dans les années 1980, dans un village portuaire isolé proche de la zone démilitarisée coréenne. Après une série de morts mystérieuses frappant habitants et bétail, le chef de poste Bum-seok, incarné par Hwang Jung-min, se lance à la poursuite d’étranges intrus. À ses côtés, un groupe de jeunes villageois mené par Sung-ki, joué par Zo In-sung, participe à une traque qui vire rapidement au cauchemar. Au fil du récit, les corps mutilés s’accumulent dans les montagnes et les rizières avant que la menace ne révèle enfin son visage : une espèce extraterrestre dotée d’une force surhumaine, rappelant autant les Titans de “L’Attaque des Titans” que les Na’vi d’“Avatar”. Des aliens réfugiés sur Terre après la destruction de leur planète, mais dont le film explore moins l’origine que la violence de leur confrontation avec les humains.

Le casting international a largement contribué à l’effervescence autour du film. Michael Fassbender, Alicia Vikander et Taylor Russell, présents à Cannes pour la montée des marches, incarnent des extraterrestres créés en motion capture et s’exprimant dans une langue fictive. Leurs visages n’apparaissent jamais à l’écran, un choix artistique qui nourrit déjà les spéculations autour d’éventuelles suites.

Comme souvent chez Na Hong-jin, “Hope” mêle tension permanente, violence graphique et humour absurde. Certaines scènes ont même déclenché des éclats de rire inattendus dans l’enceinte feutrée du Palais des Festivals.

La réception critique, elle, s’annonce plus divisée. Si plusieurs observateurs saluent l’audace du projet et sa capacité à renouveler le cinéma de genre coréen, d’autres pointent du doigt les effets spéciaux numériques du film. regrettant un design des alien moins convaincant une fois révélé. Au-delà du spectacle, “Hope” suscite également de nombreuses lectures politiques et sociales.

L’enthousiasme suscité par le film se reflète déjà dans les ventes internationales. Neon, distributeur nord-américain de “Parasite”, a acquis les droits pour les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie, tandis que Mubi distribuera le film dans plusieurs territoires européens et sud-américains.

Dans un Festival de Cannes jusqu’ici jugé relativement discret en matière de grands chocs cinématographiques, “Hope” apparaît désormais comme l’un des candidats les plus scrutés avant l’annonce du palmarès, prévue le 23 mai prochain. Sa sortie en Corée du Sud est attendue cet été.

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