Face à la montée en puissance des manœuvres chinoises autour de Taïwan, l’île ne reste pas passive. Alors que Pékin multiplie les exercices militaires et les démonstrations de force en mer avec l’objectif affiché de pouvoir imposer un blocus, les autorités taïwanaises renforcent activement leurs capacités de réponse, notamment à travers leur garde-côtière.

Selon Sung Chen-En, vice-ministre du Conseil des affaires océaniques, la Chine s’entraîne clairement à encercler l’île et à empêcher l’accès à ses ports. Ces opérations incluent la coopération étroite entre la marine chinoise et sa garde-côtière, la plus grande au monde. En décembre dernier, Pékin a d’ailleurs mené un exercice d’envergure explicitement centré sur un scénario de blocus, nouvelle étape dans la pression exercée sur Taïwan. Un tel encerclement aurait des conséquences majeures. Situé sur une route clé du commerce mondial, le détroit de Taïwan est un passage stratégique reliant les mers de Chine orientale et méridionale. Toute tentative de blocage perturberait fortement les échanges internationaux et pourrait provoquer une réaction rapide des États-Unis et de leurs alliés.

Taïwan anticipe également une stratégie chinoise reposant sur des actions dites de “zone grise”, situées en dessous du seuil d’un conflit ouvert. Ces manœuvres visent autant à tester les capacités militaires qu’à affaiblir le moral de la population taïwanaise en instillant l’idée d’un encerclement possible à tout moment. Pour contrer ces menaces, la garde-côtière taïwanaise accélère sa modernisation. L’île prévoit notamment la construction de 40 nouveaux patrouilleurs d’ici 2033, ainsi que le déploiement de systèmes radar et de drones pour assurer une surveillance continue de ses eaux. Un centre de commandement opérationnel fonctionne déjà en permanence afin de suivre l’ensemble du traffic maritime, militaire ou civile.

La coopération internationale constitue un autre pilier de cette stratégie. Taïwan intensifie ses échanges et ses exercices conjoints avec les États-Unis, le Japon et les Philippines, tout en se préparant à une coordination élargie en cas de crise. Dans l’hypothèse d’un blocus, des navires commerciaux étrangers pourraient demander une escorte, ouvrant la voie à une implication directe de forces navales étrangères. Sur le plan opérationnel, la garde-côtière travaille désormais étroitement avec l’armée. En cas de conflit, elle serait intégrée à la défense maritime, avec des navires capables d’être armés de missiles. Parallèlement, elle continue de surveiller et d’accompagner systématiquement les bâtiments chinois s’approchant des eaux taïwanaises, tout en cherchant à éviter toute escalade. Malgré ces efforts, le défi reste considérable. La Chine dispose d’un avantage numérique et géographique écrasant, et multiplie les incursions autour des îles périphériques contrôlées par Taïwan. Ces pressions constantes s’ajoutent à d’autres menaces, comme la pêche illégale, la contrebande ou encore le sabotage potentiel de câbles sous-marins.

Dans ce contexte tendu, Taïwan affirme toutefois une ligne claire : ne pas provoquer, mais ne rien céder. L’objectif est de maintenir l’équilibre et d’empêcher toute détérioration incontrôlée de la situation, tout en se tenant prêt à faire face à tous les scénarios.
© 2026 (SL75)





