Alors que le conflit s’étend au Moyen-Orient, ses répercussions se font sentir bien au-delà de la région. En Asie, deux alliés majeurs des États-Unis, la Corée du Sud et le Japon, se préparent à en affronter les conséquences économiques et sécuritaires. Mais au-delà des inquiétudes liées au pétrole ou à la stabilité régionale, une autre question s’impose progressivement dans les capitales asiatiques : celle de la fiabilité de leur allié historique.

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À Séoul, la préoccupation est d’abord économique. La Corée du Sud, dont l’économie repose fortement sur le commerce international et les importations d’énergie, observe avec anxiété les tensions autour du détroit d’Ormuz. Ce passage maritime stratégique, par lequel transite près d’un cinquième du commerce mondial de pétrole, est menacé par les attaques iraniennes visant des infrastructures énergétiques et par les tentatives de Téhéran de perturber le trafic maritime. Toute interruption durable dans cette zone provoquerait un choc immédiat pour l’économie sud-coréenne, très dépendante des importations de carburant. Mais l’inquiétude ne s’arrête pas là. La guerre au Moyen-Orient ravive également un malaise plus profond concernant l’alliance militaire avec Washington.

Depuis des décennies, les États-Unis garantissent la sécurité de la Corée du Sud, notamment face à la menace nord-coréenne. Environ 28 000 soldats américains sont stationnés sur le territoire sud-coréen, dans le cadre d’un dispositif de dissuasion incluant la protection nucléaire américaine. Ce pilier de la sécurité régionale n’est pas remis en cause à court terme. Cependant, la manière dont l’administration américaine conduit ses opérations militaires suscite désormais des interrogations. Les décisions prises par Washington, parfois sans coordination approfondie avec ses partenaires, alimentent la crainte d’une stratégie trop unilatérale. Pour plusieurs analystes sud-coréens, la guerre actuelle illustre un risque longtemps redouté : celui de voir Séoul entraînée dans des conflits décidés ailleurs. « Qu’il s’agisse de Taïwan, de la Corée du Nord ou de la rivalité sino-américaine, la Corée du Sud craint depuis longtemps que l’administration américaine prenne des décisions trop agressives sans pleinement tenir compte des conséquences potentiellement graves pour ses alliés ». Face à cette incertitude stratégique, certains experts estiment que la Corée du Sud doit désormais définir clairement les limites de son engagement dans différents scénarios de crise, y compris dans des conflits qui dépasseraient la péninsule coréenne.

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Au Japon, les inquiétudes suivent une trajectoire similaire. Tokyo, autre pilier de l’alliance américaine en Asie, surveille lui aussi avec attention les tensions autour du détroit d’Ormuz, dont dépend une grande partie de son approvisionnement énergétique. Le gouvernement japonais soutient traditionnellement les efforts américains visant à freiner le programme nucléaire iranien. Mais l’escalade militaire actuelle suscite des interrogations sur sa légitimité et sur la stratégie de Washington. Pour Mitsuru Fukuda, professeur à l’université Nihon, cette situation nourrit un scepticisme croissant à Tokyo quant à la crédibilité américaine en tant qu’allié. Les dirigeants japonais tentent ainsi de maintenir une ligne diplomatique prudente. La Première ministre Sanae Takaichi et plusieurs responsables ont exprimé leur soutien aux négociations entre Washington et Téhéran, tout en évitant d’approuver ouvertement les frappes israéliennes. Malgré ces doutes, la dépendance stratégique du Japon envers les États-Unis demeure profonde. Face à la montée en puissance militaire de la Chine et aux provocations répétées de la Corée du Nord, la dissuasion nucléaire américaine reste un élément central de la sécurité japonaise. Les tensions internationales récentes, notamment la guerre menée par la Russie en Ukraine, ont ravivé au Japon le débat sur la possibilité d’acquérir ses propres armes nucléaires. Mais cette option reste très minoritaire dans l’opinion publique, freinée par de fortes contraintes juridiques et par le poids de l’histoire nucléaire du pays.

Dans ce contexte, la guerre au Moyen-Orient agit comme un révélateur. Elle ne bouleverse pas immédiatement l’architecture des alliances en Asie, mais elle fragilise la confiance qui en constitue le socle. Pour Séoul comme pour Tokyo, la question n’est plus seulement de savoir si les États-Unis peuvent assurer leur protection, mais aussi dans quelles conditions et à quel prix stratégique.

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