Le Japon s’est recueilli mercredi pour commémorer le quinzième anniversaire de l’une des plus grandes tragédies de son histoire contemporaine. Le 11 mars 2011, un puissant séisme de magnitude 9,0 suivi d’un tsunami dévastateur frappait le nord-est de l’archipel, déclenchant également la pire catastrophe nucléaire mondiale depuis celle de Tchernobyl en 1986.

Cette triple catastrophe, séisme, vague géante et fusion du cœur des réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, a causé la mort de plus de 22 000 personnes et bouleversé durablement la région du Tohoku. Quinze ans plus tard, le travail de reconstruction se poursuit, tout comme les efforts pour démanteler les installations nucléaires endommagées, un chantier colossal qui devrait durer au moins jusqu’en 2051.
Si le gouvernement central a cessé d’organiser une cérémonie nationale à Tokyo depuis 2022, la commémoration reste très vivante dans les régions les plus touchées. La Première ministre japonaise Sanae Takaichi devait notamment assister à une cérémonie organisée dans la préfecture de Fukushima, symbole des séquelles durables de la catastrophe. Dès l’aube, familles et habitants se sont réunis dans plusieurs lieux de mémoire. À Ishinomaki, dans la préfecture de Miyagi, des proches de victimes se sont recueillis sur le site de l’ancienne école primaire Okawa, devenue l’un des symboles les plus douloureux du drame. Lors du tsunami, 84 élèves et enseignants y avaient perdu la vie. Dans la ville côtière d’Otsuchi, dans la préfecture d’Iwate, les habitants ont déposé des fleurs au mémorial Chinkon no mori Aeru. La commune a perdu environ 1 300 personnes, soit près de 10 % de sa population. Les noms gravés dans la pierre rappellent l’ampleur de la perte.

Parallèlement aux cérémonies, la mémoire de la catastrophe se transmet aussi par la prévention. À Miyako, dans la préfecture d’Iwate, des sirènes ont retenti à l’aube pour un exercice d’évacuation. Pour Ai Segawa, étudiante de 22 ans qui y participait, l’enjeu est clair : « Quinze ans plus tard, les élèves du primaire et du collège n’ont aucun souvenir de cette journée. Il est important de transmettre les expériences et les leçons apprises. » Selon les derniers chiffres de l’Agence nationale de police, 15 901 personnes ont péri directement dans le séisme et le tsunami, tandis que 2 519 restent toujours portées disparues, principalement dans les préfectures de Miyagi, Fukushima et Iwate. Les recherches se poursuivent, mais les transformations du terrain et le passage du temps rendent les identifications de plus en plus difficiles. Dans certains cas, les familles qui attendaient de retrouver leurs proches sont elles-mêmes décédées entre-temps.

Aux victimes directes s’ajoutent les conséquences humaines indirectes de la catastrophe. Selon l’Agence de reconstruction, 3 810 décès liés au stress, aux maladies ou au suicide ont été recensés depuis 2011. Au 1er février, environ 26 000 personnes restaient déplacées. La reconstruction se poursuit pourtant. Depuis la levée partielle des ordres d’évacuation dans certaines municipalités de la préfecture de Fukushima, 3 799 personnes issues de 2 700 familles s’y sont installées, un chiffre record pour la région. Les autorités locales tentent de redynamiser ces territoires malgré une pénurie de logements et des inquiétudes persistantes liées à la radioactivité.

Le démantèlement de la centrale de Fukushima Daiichi reste toutefois l’un des plus grands défis technologiques du Japon. L’opérateur Tokyo Electric Power Company (TEPCO) a récemment repoussé son calendrier pour la récupération à grande échelle des débris de combustible fondu, désormais envisagée à partir de l’exercice 2037 ou plus tard, contre le début des années 2030 auparavant. Jusqu’à présent, l’entreprise n’a pu récupérer que de minuscules échantillons de combustible, pour un poids total inférieur à un gramme, dans le réacteur numéro 2. Un nouveau test utilisant un bras robotisé est prévu cet automne pour tenter une troisième récupération. On estime qu’environ 880 tonnes de débris radioactifs se trouvent encore dans les réacteurs 1 à 3. Certaines zones restent encore profondément marquées par la catastrophe. La ville de Futaba, qui accueille la centrale accidentée, est restée inhabitée pendant plus de onze ans à cause de la contamination radioactive, et une grande partie de son territoire demeure aujourd’hui interdite d’accès. Pour les habitants qui tentent de reconstruire leur vie, la reconstruction reste incomplète. « La décontamination n’est pas terminée et les habitants ne reviennent pas », regrette Isuke Takakura, 70 ans. « J’aimerais que les autorités centrales et préfectorales accordent davantage d’attention aux zones sinistrées. »
Quinze ans après la catastrophe, le Japon continue ainsi d’avancer entre mémoire et reconstruction, conscient que les cicatrices du 11 mars 2011 resteront longtemps inscrites dans son paysage et dans sa mémoire collective.
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