Un net recul du soutien à l’idée d’une impératrice se dessine au sein de la nouvelle Chambre des représentants. Selon un sondage réalisé par le Mainichi Shimbun auprès des 465 députés élus lors des législatives du 8 février, seuls 47 % d’entre eux se déclarent favorables à l’accession d’une femme au trône impérial, tandis que 34 % y sont opposés. Un changement notable par rapport à l’enquête menée après les élections générales de 2024, où 63 % des élus soutenaient cette possibilité et seulement 17 % s’y opposaient.

Ce revirement intervient dans un contexte politique profondément modifié par la victoire écrasante du Parti libéral-démocrate, qui détient désormais plus des deux tiers des sièges de la Chambre basse. La Première ministre Sanae Takaichi, cheffe du PLD, a réaffirmé le 27 février, lors d’une séance de la commission du budget, son attachement au principe d’une succession impériale strictement masculine, conforme à la loi actuelle sur la Maison impériale.

Cette loi réserve l’accès au trône aux seuls descendants mâles en ligne paternelle directe d’un empereur. Or, la famille impériale ne compte aujourd’hui qu’un seul homme d’une génération plus jeune que l’empereur Naruhito : le prince Hisahito, fils du prince héritier Fumihito, âgé de 19 ans. Cette situation alimente les inquiétudes quant à la pérennité de la lignée et ravive le débat sur l’ouverture du trône aux femmes.
Dans l’opinion publique, le soutien à une impératrice reste pourtant massif. Un sondage réalisé en mai 2025 par le Mainichi Shimbun indiquait que 70 % des Japonais se prononçaient en faveur de l’accession d’une femme au trône, contre seulement 6 % d’opposants.
L’enquête menée auprès des députés distinguait toutefois plusieurs options. Parmi les élus, 5 % approuvent à la fois l’idée d’une impératrice et celle d’une impératrice issue d’une lignée féminine sans ascendance paternelle impériale. En revanche, 42 % soutiennent une impératrice mais rejettent l’idée d’une lignée féminine. Au total, moins de la moitié des députés se montrent favorables à une impératrice sous une forme ou une autre. En 2024, ils étaient nettement plus nombreux à soutenir l’option la plus large.
Au sein du PLD, la ligne conservatrice domine largement : 38 % des élus se déclarent opposés à toute impératrice, 42 % accepteraient une impératrice sans pour autant soutenir une lignée féminine, et seuls 1 % approuvent les deux options. Le Nippon Ishin, partenaire minoritaire de la coalition gouvernementale, se montre encore plus réticent, avec 72 % de ses élus opposés à une impératrice.
L’Alliance réformiste centriste, issue de la fusion du Parti démocrate constitutionnel du Japon et du Komeito, affiche une position plus nuancée. Une part importante de ses élus, notamment issus du Komeito, n’a pas répondu à la question. Du côté du Parti démocrate du peuple, 86 % des députés soutiennent l’idée d’une impératrice tout en rejetant la transmission par lignée féminine.
Au-delà de la question symbolique de l’accession d’une femme au trône, les discussions parlementaires portent sur deux propositions concrètes de révision de la loi sur la Maison impériale. La première vise à permettre aux femmes de conserver leur statut impérial après leur mariage. Actuellement, les princesses perdent ce statut en épousant un roturier, ce qui réduit encore le nombre de membres actifs de la famille impériale. La seconde proposition prévoit d’autoriser l’adoption, au sein de la famille impériale, d’hommes issus d’anciennes branches devenues roturières après la Seconde Guerre mondiale.
Le PLD a fait de cette seconde option une priorité dans son programme électoral. Parmi les députés élus, 69 % soutiennent cette mesure, contre 46 % pour la première. Alors que la possibilité pour les femmes de rester dans la famille impériale avait précédemment recueilli un large consensus, la tendance semble désormais s’inverser au profit du retour d’anciennes lignées masculines.
La première proposition concerne directement la princesse Aiko, fille unique de l’empereur Naruhito, ainsi que les autres femmes de la famille impériale. Elle soulève toutefois des questions sensibles, notamment quant au statut futur de leurs époux et de leurs enfants. La seconde, elle, implique les descendants des anciennes branches impériales exclues il y a près de 80 ans. Le Parti démocrate constitutionnel du Japon a demandé au gouvernement de clarifier si les hommes concernés seraient disposés à réintégrer la famille impériale, sans obtenir pour l’heure de réponse précise.
Dans ce contexte, le débat sur l’avenir de la succession impériale s’annonce comme l’un des dossiers institutionnels les plus délicats du mandat de Sanae Takaichi. Entre attachement aux traditions et nécessité d’assurer la continuité dynastique, le Japon se trouve à la croisée des chemins.
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