Après des années de déclin alarmant, la Corée du Sud enregistre un léger mais symbolique rebond de sa natalité. En 2025, le taux de fécondité a progressé pour la deuxième année consécutive, offrant une rare éclaircie à un pays confronté depuis longtemps au taux de natalité le plus faible au monde.

© (licence SL75)

Selon les données préliminaires publiées mercredi par le ministère des Données et des Statistiques, le nombre moyen d’enfants par femme est passé de 0,75 en 2024 à 0,8 en 2025. Dans le même temps, les naissances ont augmenté de 6,8 % sur un an pour atteindre 254 500 bébés, soit le niveau le plus élevé depuis 2021, année où environ 260 600 enfants étaient nés. Cette amélioration, bien que modeste, intervient dans un contexte de reprise progressive des mariages après une longue période de recul. Elle coïncide aussi avec le renforcement des politiques publiques destinées à alléger le coût de l’éducation des enfants. Les autorités ont élargi les allocations en espèces, développé les services de garde et accru les aides au logement, notamment via des prêts immobiliers préférentiels pour les familles avec nouveau-nés.

© (licence SL75)

S’il est encore trop tôt pour parler d’un retournement durable de tendance, ces chiffres suggèrent que certaines mesures gouvernementales commencent à produire des effets. Depuis des années, l’effondrement démographique pèse lourdement sur l’économie et la société sud-coréennes. La contraction de la population active, conjuguée à un vieillissement accéléré, met sous tension les systèmes de retraite et de santé, tout en alimentant les inquiétudes quant aux pénuries de main-d’œuvre et à la capacité de l’armée à recruter suffisamment de personnel. Entre 2006 et 2023, les gouvernements successifs ont consacré près de 380 000 milliards de wons (environ 280 milliards de dollars) aux politiques de soutien à la natalité et aux familles. En 2025, l’enveloppe budgétaire dédiée directement à la lutte contre la faible fécondité a atteint 28 600 milliards de wons, soit une hausse de 13 % sur un an, selon le Comité présidentiel sur la société vieillissante et la politique démographique.

© (licence SL75)

Malgré ces investissements massifs, les progrès restent lents. Les coûts élevés du logement, les dépenses importantes en éducation privée et les inégalités persistantes entre hommes et femmes sur le marché du travail continuent de freiner les effets des mesures incitatives. Le secteur privé s’est également mobilisé. Le promoteur immobilier Booyoung Co. a notamment promis une prime de 100 millions de wons aux employés ayant un enfant, une initiative qui a marqué les esprits dans un contexte de pression croissante sur le pouvoir d’achat des jeunes ménages. Les disparités régionales demeurent frappantes. Séoul affiche l’un des taux de fécondité les plus bas parmi les grandes villes du pays, juste derrière Busan, reflet du coût de la vie et de la flambée immobilière. À l’inverse, la ville administrative de Sejong enregistre historiquement des taux plus élevés.

La Corée du Sud n’est pas un cas isolé. Dans toute l’Asie de l’Est, la natalité recule, notamment au Japon et à Taïwan, tandis que de nombreuses économies avancées d’Europe et d’Amérique du Nord font face à des défis similaires. Aux États-Unis, le président Donald Trump a proposé une prime de 5 000 dollars à la naissance pour stimuler la fécondité. De son côté, la Chine, confrontée à son propre ralentissement démographique après des décennies de politiques restrictives, a annoncé mi-2025 le versement d’une allocation annuelle de 3 600 yuans par enfant de moins de trois ans.

Pour Séoul, le léger rebond observé en 2025 ne règle pas la crise démographique, mais il pourrait marquer le début d’un changement psychologique. Reste à savoir si cette embellie se confirmera dans la durée et si les réformes structurelles suivront pour transformer l’essai.

© 2026 (SL75)

Tendances