Le Dialogue Japon-Îles du Pacifique sur la défense s’est ouvert dimanche dans un contexte de rivalités stratégiques accrues en Indo-Pacifique. Pendant trois jours, ministres de la Défense et représentants des États insulaires examinent les moyens de renforcer leur coopération sécuritaire, avec l’objectif affiché de garantir la stabilité régionale et de promouvoir un « Indo-Pacifique libre et ouvert ».

Cette édition marque un record de participation. Outre les discussions sur la sécurité maritime, au cœur des préoccupations régionales, plusieurs sessions sont consacrées au changement climatique, à l’aide humanitaire et aux secours en cas de catastrophe. Des enjeux cruciaux pour de nombreux États insulaires, directement menacés par la montée du niveau des mers et l’intensification des phénomènes climatiques extrêmes. Sept pays membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), riverains de la mer de Chine méridionale, prennent part à la conférence : les Philippines, l’Indonésie, la Malaisie, le Vietnam, Singapour, la Thaïlande et le Brunei. Leur présence souligne l’importance stratégique de cette zone maritime disputée, où s’entrecroisent intérêts commerciaux et ambitions militaires.

Le gouvernement japonais entend profiter de cette plateforme pour diffuser davantage sa vision d’un ordre régional fondé sur le droit et la liberté de navigation. Cette orientation est activement défendue par le cabinet de la Première ministre Sanae Takaichi, qui souhaite également faciliter le rapprochement entre les nations insulaires du Pacifique et les pays d’Asie du Sud-Est. Les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie participent en tant que partenaires, illustrant l’élargissement du dialogue à des puissances engagées dans l’équilibre stratégique régional.
Les États insulaires concernés se situent dans le Pacifique Sud, sur une route maritime stratégique reliant l’Australie, riche en ressources minérales et agricoles, à des pays comme le Japon et les États-Unis. La région dispose de vastes zones économiques exclusives et d’importantes ressources halieutiques, notamment le thon et la bonite, qui représentent un enjeu économique majeur. Traditionnellement proches de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, les nations insulaires ont vu, ces dernières années, l’influence de la Chine s’accroître sensiblement. Pékin a multiplié les prêts destinés au développement d’infrastructures, renforçant sa présence économique et diplomatique dans la région et intensifiant la compétition géopolitique. L’ambition chinoise s’inscrit notamment dans une stratégie d’extension de ses capacités navales au-delà du périmètre de défense américain, dans ce que les analystes appellent la « deuxième chaîne d’îles », qui s’étend des îles Izu au Japon jusqu’à Guam et à la Papouasie-Nouvelle-Guinée. En 2022, la Chine et les Îles Salomon ont signé un accord de sécurité susceptible d’autoriser le déploiement d’unités militaires chinoises sur l’archipel, suscitant de vives inquiétudes à Washington et à Canberra.
Face à cette évolution, Tokyo renforce ses liens sécuritaires avec les États insulaires, en coordination étroite avec les États-Unis et l’Australie. Dans le cadre de son programme officiel d’assistance en matière de sécurité, le Japon a conclu cette année budgétaire des accords avec les Tonga et la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Des drones seront fournis aux forces armées tongiennes, tandis que du matériel lourd sera livré aux forces papouasiennes.
Le Japon a également déployé des officiers des Forces d’autodéfense aux Fidji afin de renforcer les capacités locales en matière de secours d’urgence et d’hygiène. Une coopération qui illustre la volonté de Tokyo d’ancrer durablement sa présence dans le Pacifique, en misant à la fois sur la sécurité, l’aide humanitaire et la résilience face aux défis climatiques.
© 2026 (SL75)






