L’ancien président sud-coréen Yoon Suk Yeol a été condamné jeudi à la réclusion à perpétuité pour sa tentative avortée d’imposer la loi martiale en décembre 2024, un acte que la justice a qualifié d’insurrection. Le verdict, rendu par la Cour centrale du district de Séoul, marque un tournant majeur dans l’histoire politique récente du pays.

© 2026 (newscom/SL75)

En première instance, les juges ont reconnu l’ancien chef de l’État coupable d’avoir mené une insurrection en tentant d’instaurer un régime d’exception. Le parquet spécial, dirigé par Cho Eun-suk, avait requis la peine de mort. La cour a toutefois opté pour une sanction moins sévère, tout en soulignant la gravité des faits. Le 3 décembre 2024, à la surprise générale, Yoon Suk Yeol avait proclamé la loi martiale d’urgence, affirmant vouloir éradiquer des « forces antiétatiques ». Le décret n’était resté en vigueur que six heures, avant d’être levé à la suite d’un vote de l’Assemblée nationale de Corée du Sud. Mais durant ce laps de temps, des troupes militaires avaient été déployées autour du Parlement, provoquant une onde de choc politique et institutionnelle.

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Lors de l’audience, retransmise en direct à la télévision et à laquelle assistait l’accusé, le président du tribunal, Jee Kui-youn, a estimé qu’il était « difficile de nier » que l’ancien président avait cherché à entraver le fonctionnement de l’Assemblée nationale en bloquant ses activités par l’envoi de troupes chargées de boucler le bâtiment et d’arrêter des personnalités politiques. « Il a également été reconnu qu’il a fomenté une émeute en envoyant des troupes », a-t-il déclaré. La Constitution sud-coréenne définit l’insurrection comme un acte visant à priver l’État de son autorité sur tout ou partie du territoire ou à porter atteinte à l’ordre constitutionnel. Si la cour a jugé que la proclamation de la loi martiale ne constituait pas en soi une insurrection, elle a estimé qu’en l’espèce, l’objectif était de paralyser un organe constitutionnel, ce qui justifiait la qualification retenue. Les juges ont souligné que le cœur de l’affaire résidait dans la mobilisation de forces militaires contre le Parlement.

Selon le tribunal, Yoon Suk Yeol a personnellement planifié l’opération et joué un rôle central, impliquant de nombreux responsables. La cour a insisté sur le « coût social énorme » d’une telle décision et relevé que l’ancien président n’avait pratiquement pas présenté d’excuses. Les magistrats ont néanmoins pris en compte plusieurs éléments atténuants : un plan jugé peu minutieux, un recours limité à la force physique, l’absence d’antécédents judiciaires et une longue carrière dans la fonction publique. Âgé de 65 ans, Yoon a soutenu que sa décision visait à adresser un avertissement à un Parlement dominé par l’opposition, qu’il accusait d’abuser de son pouvoir en destituant des hauts responsables et en tentant de réduire le budget de l’État.

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Immédiatement après l’annonce du verdict, ses avocats ont dénoncé une décision « formelle visant à confirmer une conclusion déjà décidée », précisant qu’ils détermineraient ultérieurement, en concertation avec leur client, l’opportunité d’un appel. De son côté, l’équipe du procureur spécial a salué un « verdict significatif », tout en laissant entendre qu’elle pourrait également faire appel, estimant la peine insuffisante. Sept autres accusés ont été jugés dans cette affaire. Parmi eux figuraient l’ancien chef de l’Agence nationale de la police coréenne, Cho Ji-ho, et l’ex-directeur de l’Agence de la police métropolitaine de Séoul, Kim Bong-sik. L’ancien ministre de la Défense a été condamné à 30 ans de prison, Cho Ji-ho à 12 ans et Kim Bong-sik à 10 ans pour leur implication dans la tentative d’imposition de la loi martiale. Ce jugement s’inscrit dans un contexte judiciaire déjà lourd pour Yoon Suk Yeol, qui avait écopé l’an dernier de cinq ans de réclusion dans une autre affaire pour avoir entravé l’arrestation d’enquêteurs.

La salle d’audience où a été prononcée la condamnation porte un poids symbolique particulier. C’est là qu’en 1996, l’ancien président Chun Doo-hwan avait été condamné à mort pour son rôle dans le coup d’État de 1979 et la répression sanglante du mouvement démocratique de Gwangju en 1980. Trente ans plus tard, la Corée du Sud se retrouve de nouveau confrontée aux fragilités de son ordre constitutionnel, mais cette fois par la voie d’un jugement rendu au nom de l’État de droit.

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