Forte d’une victoire électorale historique, Sanae Takaichi a été réélue mercredi Première ministre du Japon par la Diète, lors d’une session spéciale convoquée à la suite du scrutin législatif du 8 février. Le Parti libéral-démocrate (PLD), qu’elle dirige, a remporté une majorité écrasante à la Chambre basse, consolidant son emprise sur la vie politique japonaise.

Devenue en octobre la première femme à accéder au poste de chef du gouvernement, Takaichi entame ainsi un nouveau mandat dans un climat de confiance renforcée. Son cabinet reste inchangé : tous les ministres de son précédent gouvernement, porté par une popularité élevée, ont été reconduits dans leurs fonctions.
À la Chambre des représentants, dominée par la coalition au pouvoir, elle a obtenu 354 voix. À la Chambre des conseillers, où le camp gouvernemental demeure minoritaire, elle a été élue au second tour avec 125 voix contre 65 pour Junya Ogawa, chef du principal parti d’opposition et figure de la nouvelle Alliance réformiste centriste. Parmi les ministres reconduits figurent le chef de la diplomatie Toshimitsu Motegi, la ministre des Finances Satsuki Katayama et le ministre de la Défense Shinjiro Koizumi. Leur maintien intervient dans un contexte marqué par l’inflation, la dégradation des relations sino-japonaises et l’augmentation des dépenses de défense. En interne, le PLD envisage néanmoins de confier à l’ancien ministre de l’Industrie Yasutoshi Nishimura, éclaboussé par un scandale de détournement de fonds, la direction de son quartier général de stratégie électorale.

Lors d’une conférence de presse, Takaichi a assuré ne pas considérer cette victoire comme « un chèque en blanc », bien que le PLD détienne désormais plus des deux tiers des sièges à la Chambre basse, seuil lui permettant de passer outre l’opposition de la Chambre haute pour adopter des lois. Elle a promis de rechercher la coopération des partis d’opposition « qui adoptent une vision d’avenir ». La Première ministre a réaffirmé sa ligne budgétaire « responsable mais dynamique » et annoncé qu’un « conseil national » transpartisan rendrait d’ici l’été une conclusion provisoire sur la suspension, pour deux ans, de la taxe sur la consommation des produits alimentaires et des boissons. La réduction de cette taxe de 8 %, temporaire ou permanente, a dominé les débats de campagne.
Portée par un large soutien populaire, Takaichi entend désormais avancer sur des priorités qu’elle reconnaît susceptibles de « diviser l’opinion publique » durant la session parlementaire de 150 jours qui s’achèvera le 17 juillet. Elle a notamment renouvelé son ambition de réviser la Constitution pacifiste d’après-guerre, un objectif historique du PLD. Toute modification devra cependant obtenir l’approbation des deux tiers des parlementaires dans les deux chambres avant d’être soumise à référendum. Sur le plan diplomatique, la dirigeante conservatrice devra composer avec la Chine après des déclarations controversées en novembre, au cours desquelles elle avait évoqué une possible intervention japonaise en cas d’attaque contre Taïwan. Son gouvernement prévoit également de renforcer les capacités de renseignement du pays par la création d’un comité national dédié et par l’adoption d’une législation anti-espionnage.
Malgré l’affaiblissement spectaculaire de l’opposition à la Chambre basse, ses responsables promettent de maintenir la pression. Junya Ogawa a dénoncé toute tentative « d’abus de pouvoir » de la part des partis majoritaires.
La Chambre basse a élu à sa présidence le vétéran du PLD Eisuke Mori, ancien ministre de la Justice, et à la vice-présidence Keiichi Ishii, figure issue de l’ex-Komeito. Ce dernier a récemment participé à la formation d’une nouvelle coalition parlementaire, après la rupture de l’alliance de 26 ans entre le Komeito et le PLD.
Lors des élections générales, le PLD a remporté un nombre record de 316 sièges sur 465 à la Chambre basse, contre 198 auparavant, signant la première supermajorité obtenue par un parti depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Takaichi avait dissous la Chambre le 23 janvier, misant sur la popularité de son gouvernement pour renforcer sa coalition avec le Parti de l’innovation du Japon, également en progression.
Face à une opposition en pleine recomposition après une lourde défaite électorale, la Première ministre dispose désormais d’une marge de manœuvre inédite. Reste à savoir si cette puissance parlementaire lui permettra de concrétiser ses ambitions constitutionnelles et sécuritaires sans fracturer davantage la société japonaise.
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