Sur les rivages de Tsushima, île frontalière de la préfecture de Nagasaki, le paysage a des allures de naufrage permanent. Le littoral est jonché d’innombrables déchets plastiques : bouées d’un mètre de diamètre, fragments de filets de pêche, réservoirs d’eau, bouteilles et bidons de détergent. À mesure que les vagues se retirent, elles laissent derrière elles un inventaire accablant de la consommation humaine.

Sur la plage de Kujika, à l’ouest de l’île, on observe une couche blanche épaisse de plusieurs centimètres. Ce n’est pas du sable, mais une accumulation de polystyrène finement broyé. Sous les rayons UV, le vent et l’assaut répété des vagues, les déchets se fragmentent en une poudre éclatante, douce au toucher, mais toxique pour l’environnement. Des microplastiques recouvrent le sol jusqu’aux lisières des forêts situées à plusieurs dizaines de mètres à l’intérieur des terres. Cette couche blanchâtre est visible depuis 2022. Depuis, elle ne cesse de s’épaissir.

Chaque année, les plages de l’île reçoivent entre 30 000 et 40 000 mètres cubes de déchets, soit l’équivalent d’une centaine de piscines de 25 mètres. Selon les données municipales pour l’exercice 2024, 37 % des bouteilles plastiques collectées provenaient de Chine, 27 % de Corée du Sud et 5 % du Japon. Le reste, d’origine indéterminée, serait majoritairement importé au regard de leur forme et de leurs caractéristiques.

Un rapport publié en juillet 2025 par l’Organisation de coopération et de développement économiques indique que la consommation combinée de plastique des pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est, ainsi que de la Chine, du Japon et de la Corée du Sud, atteignait 152 millions de tonnes en 2022. Sur ce total, environ 8,4 millions de tonnes se sont déversées dans l’environnement, notamment dans les océans, soit près d’un tiers du volume mondial. Portée par la croissance démographique et le développement économique, l’Asie est devenue un point névralgique de la pollution plastique, faute d’une gestion adéquate des déchets.

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La situation géographique de Tsushima amplifie le phénomène. L’île se trouve à l’embouchure du courant de Tsushima, qui se jette dans la mer du Japon. Son extrémité nord n’est distante que d’une cinquantaine de kilomètres de Busan, en Corée du Sud. Ses 915 kilomètres de côtes, en grande partie formées de rias, créent des courants complexes qui piègent les détritus sur certaines plages.

Face à cette marée incessante, la municipalité consacre environ 300 millions de yens par an à la collecte et à la mise en décharge des déchets, dont 90 % sont subventionnés par l’État. Pour cette ville aux finances fragiles, le poids reste considérable. Parmi les habitants, l’incompréhension grandit : pourquoi supporter seuls le coût d’une pollution venue d’ailleurs ?

Le relief escarpé complique l’accès aux engins lourds, limitant la collecte annuelle à environ 8 000 mètres cubes, soit à peine 20 % du volume total échoué. Faute d’un ramassage régulier, l’image touristique de l’île se dégrade, tandis que les déchets emportés de nouveau par la mer menacent les écosystèmes marins.

À Tsushima, la pollution ne connaît ni frontières ni courants contraires.

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