Chaque année, le 11 février est un jour férié au Japon. Connu sous le nom de Kenkoku Kinen no Hi (建国記念の日), ou Journée de la Fondation nationale, il invite les Japonais à réfléchir aux origines de leur pays et à raviver le sentiment d’appartenance à la nation. Derrière cette date symbolique se cache une histoire mêlant mythologie, tradition impériale et construction moderne de l’État japonais.

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Selon la tradition, le 11 février 660 avant notre ère correspondrait à l’accession au trône du premier empereur du Japon, l’empereur Jimmu. Figure légendaire issue de la mythologie shinto, il est considéré comme le descendant de la déesse du soleil Amaterasu. Cette filiation divine constitue l’un des fondements symboliques de la lignée impériale japonaise, présentée comme la plus ancienne monarchie héréditaire au monde.

La fête trouve ses origines dans l’ère Meiji (1868-1912), période de modernisation intense et de consolidation du pouvoir impérial. En 1872, le gouvernement instaure officiellement une journée appelée Kigensetsu pour célébrer la fondation mythique de l’État japonais et renforcer l’unité nationale autour de l’empereur. Après la Seconde Guerre mondiale, dans le contexte de la nouvelle Constitution pacifiste et de la redéfinition du rôle de l’empereur, la fête est supprimée en 1948.

Il faudra attendre 1966 pour qu’elle soit réintroduite sous son nom actuel, Kenkoku Kinen no Hi. Le terme est soigneusement choisi : il ne s’agit plus de célébrer la fondation historique avérée du pays, mais de « commémorer » la fondation nationale. Cette nuance reflète la volonté d’inscrire la journée dans un cadre plus consensuel, détaché des connotations nationalistes du passé.

Aujourd’hui, la Journée de la Fondation nationale est marquée par des cérémonies officielles, notamment au sanctuaire Meiji à Tokyo, ainsi que par des rassemblements organisés par des associations patriotiques. Des drapeaux japonais flottent sur certains bâtiments publics et privés, tandis que des discours soulignent l’importance de l’histoire, de la culture et de la cohésion nationale.

Pour beaucoup de Japonais, toutefois, ce jour férié est aussi synonyme de pause hivernale. Situé au cœur du mois de février, il offre un moment de répit dans une période souvent froide et studieuse. Entre mémoire historique et simple congé, le 11 février occupe ainsi une place particulière dans le calendrier japonais.

Kenkoku Kinen no Hi interroge la relation du Japon à son histoire et à son identité. Entre héritage mythologique et réalité contemporaine, cette journée rappelle que la nation japonaise s’est construite autant sur des récits fondateurs que sur les évolutions politiques et sociales qui continuent de la façonner.

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