La Chine a vivement réagi, lundi, à la large victoire électorale du parti de la Première ministre japonaise Sanae Takaichi, mettant en garde Tokyo contre ce qu’elle considère comme un retour inquiétant du « militarisme » et une ingérence accrue dans la question sensible de Taïwan. Une réaction ferme, empreinte de références historiques, qui contraste toutefois avec l’accélération spectaculaire du renforcement militaire chinois dans la région.

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« Nous espérons que le Japon suivra la voie d’un développement pacifique au lieu de répéter les erreurs du militarisme », a déclaré Lin Jian, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. Pour Pékin, le succès électoral de Sanae Takaichi, connue pour ses positions sécuritaires tranchées, pourrait ouvrir la voie à un renforcement des capacités de défense japonaises et relancer le débat sur la révision de la Constitution pacifiste adoptée après la Seconde Guerre mondiale. Le porte-parole chinois a également exhorté la cheffe du gouvernement japonais à revenir sur ses déclarations de novembre évoquant un scénario d’urgence autour de Taïwan, estimant qu’elles portaient atteinte aux fondements des relations sino-japonaises. Il l’a appelée à prouver son engagement par des « actions concrètes », tout en affirmant que la politique de Pékin envers Tokyo ne serait pas modifiée par « une seule élection ».

Dans un ton particulièrement ferme, Lin Jian a souligné que le peuple chinois demeurait « inébranlable » dans sa détermination à contrer toute « provocation » émanant de forces jugées antichinoises. Ces propos interviennent alors que la Chine multiplie les avertissements à l’encontre du Japon depuis que Sanae Takaichi a laissé entendre, au Parlement, une possible implication des forces d’autodéfense japonaises en cas de conflit autour de Taïwan, île que Pékin revendique comme partie intégrante de son territoire. La Chine a également mis en garde la Première ministre contre une éventuelle visite au sanctuaire Yasukuni, à Tokyo, symbole hautement controversé du passé militariste japonais. « Oublier l’histoire est une trahison, nier sa culpabilité revient à répéter le crime », a martelé Lin Jian, appelant le Japon à assumer pleinement son passé d’agression. De telles visites, honorant notamment des criminels de guerre condamnés, ont régulièrement ravivé les tensions diplomatiques avec la Chine et la Corée du Sud.

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Sanae Takaichi, interrogée dimanche à la télévision, a déclaré vouloir « créer un environnement favorable » avant toute décision, assurant qu’elle chercherait la compréhension des pays alliés et voisins. Aucun Premier ministre japonais en exercice ne s’est rendu au sanctuaire depuis Shinzo Abe en 2013, une visite qui avait même suscité la désapprobation des États-Unis. Takaichi revendique l’héritage politique de l’ancien chef du gouvernement, qu’elle considère comme son mentor.

Le ton alarmiste de Pékin apparaît cependant paradoxal au regard de sa propre trajectoire stratégique. Tandis qu’elle exhorte le Japon à la retenue et au pacifisme, la Chine poursuit une modernisation accélérée de son armée, multiplie les manœuvres militaires autour de Taïwan et renforce sa présence navale et aérienne en mer de Chine orientale et méridionale, alimentant les inquiétudes de ses voisins.

Sur le plan diplomatique, la victoire de Sanae Takaichi a suscité des réactions contrastées dans la région. Le président sud-coréen Lee Jae Myung l’a félicitée, exprimant son souhait de voir Séoul et Tokyo approfondir leur coopération. Il a également évoqué une prochaine visite de la Première ministre japonaise en Corée du Sud. À Taïwan, la présidente Lai Ching-te a salué le résultat des élections, y voyant le signe de la confiance accordée par les électeurs japonais à la vision de leur dirigeante. Elle a exprimé son désir de renforcer la coopération entre Taïwan et le Japon afin de défendre des valeurs communes et de contribuer à la paix et à la prospérité dans la région indo-pacifique.

Entre rappels historiques et démonstrations de puissance, la réaction chinoise met en lumière les tensions croissantes en Asie de l’Est, où chaque geste politique ou militaire est désormais scruté à l’aune d’un équilibre régional de plus en plus fragile.

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