L’exploitant d’une centrale nucléaire du centre du Japon est au cœur d’une controverse après des révélations sur une possible manipulation de données liées à la résistance aux séismes. Selon une source proche du dossier, Chubu Electric Power Co. aurait reçu à plusieurs reprises des signalements de lanceurs d’alerte, sans toutefois ouvrir d’enquête interne avant que les autorités de régulation nucléaire ne s’emparent du sujet l’an dernier.

Ces allégations, rendues publiques il y a environ un mois, ont ébranlé l’électricien japonais et plongé dans l’incertitude le processus de réexamen de la sécurité de ses deux réacteurs à la centrale nucléaire de Hamaoka, située dans la préfecture de Shizuoka. À ce stade, aucune échéance claire n’est envisagée pour une éventuelle reprise de la procédure. L’Autorité de régulation nucléaire japonaise mène actuellement une enquête approfondie. Elle examine non seulement les soupçons de falsification de données, mais aussi la manière dont l’entreprise aurait traité, ou ignoré, les alertes internes transmises à plusieurs reprises par des employés agissant en tant que lanceurs d’alerte.
Chubu Electric Power a refusé de confirmer l’existence de ces signalements internes. Lors d’une conférence de presse tenue le 5 janvier, la direction a toutefois reconnu que des employés avaient exprimé par le passé des inquiétudes concernant d’éventuelles irrégularités, sans fournir davantage de détails. Selon l’entreprise, certains employés sont soupçonnés d’avoir sélectionné de manière partiale des données relatives aux mouvements sismiques du sol lors de l’élaboration des normes de résistance aux séismes de la centrale. Cette sélection aurait eu pour effet de minimiser les risques réels encourus par les installations.

La centrale de Hamaoka revêt une importance particulière : elle est implantée dans une zone exposée à un mégaséisme attendu le long de la fosse de Nankai, au large de la côte pacifique japonaise, l’une des régions les plus surveillées du pays en matière de risque sismique. L’organisme de régulation nucléaire affirme avoir été informé en février de l’an dernier de soupçons de manipulation par une source externe. En mai, il a officiellement demandé à Chubu Electric de fournir des documents et des informations complémentaires afin d’éclaircir l’affaire.
La centrale de Hamaoka est à l’arrêt depuis 2011, à la demande du gouvernement dirigé alors par le Premier ministre Naoto Kan, dans le sillage de la catastrophe de Fukushima Daiichi, provoquée par un séisme et un tsunami dévastateurs. Dans le cadre du durcissement des normes de sûreté nucléaire après Fukushima, Chubu Electric a déposé en 2014 et 2015 des demandes d’évaluation de sécurité pour les réacteurs n°3 et n°4. Les deux autres unités du site sont, quant à elles, en cours de démantèlement.
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