Perdue dans l’immensité turquoise de la mer de Chine orientale, l’île de Zamami incarne une autre facette du Japon. À une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Naha, capitale de la préfecture d’Okinawa, cette petite île de l’archipel des Kerama séduit par son équilibre rare entre reliefs escarpés, plages immaculées et héritage historique discret mais marquant.

Zamami est une île montagneuse, à la topographie accidentée malgré sa taille modeste. Des collines boisées traversent l’île du nord au sud, elles offrent des points de vue spectaculaires sur l’océan. Ces hauteurs, couvertes d’une végétation subtropicale dense, contrastent avec les criques aux plages de sable blanc qui bordent le littoral. Les baies d’Ama et de Furuzamami figurent parmi les plus emblématiques, réputées pour la clarté exceptionnelle de leurs eaux et leurs récifs coralliens préservés. Classée parc national, la zone marine des Kerama est aujourd’hui reconnue pour sa biodiversité et comme l’un des meilleurs sites d’observation des baleines à bosse au Japon, visibles en hiver lors de leur migration.

L’isolement géographique de Zamami a longtemps façonné son mode de vie. Pendant des siècles, l’île a vécu principalement de la pêche et d’échanges limités avec les autres îles Ryukyu. Elle faisait partie du royaume indépendant des Ryukyu, un carrefour culturel influencé à la fois par la Chine, le Japon et l’Asie du Sud-Est, avant son annexion par le Japon au XIXe siècle. Cette histoire se ressent encore aujourd’hui dans les traditions locales, la cuisine et une relation à la nature empreinte de respect et de sobriété.

Zamami porte aussi les traces plus sombres de la Seconde Guerre mondiale. En 1945, lors de la bataille d’Okinawa, l’île fut occupée par les forces japonaises. La population civile y connut des drames profonds, aujourd’hui commémorés par des monuments discrets et des sites mémoriels. Cette mémoire, transmise avec retenue, rappelle le prix humain des conflits dans une région stratégique du Pacifique.

Aujourd’hui, Zamami a trouvé un fragile équilibre entre tourisme et préservation. L’île attire des voyageurs en quête de nature, de plongée et de silence, loin de l’agitation urbaine. Les infrastructures y restent volontairement limitées, ce qui renforce le sentiment d’un territoire à part, où le temps semble s’étirer au rythme des marées. Entre montagnes verdoyantes et lagons translucides, Zamami s’impose comme une île confidentielle, reflet d’un Okinawa authentique et profondément lié à son environnement.
© 2026 (SL75)





