À l’entrée du palais Gyeongbokgung, joyau de l’architecture royale coréenne niché au cœur de Séoul, deux statues de pierre semblent monter la garde depuis des siècles. Ces créatures légendaires, appelées Haechi ou Haetae, accueillent les visiteurs avant même qu’ils ne franchissent les portes du pouvoir. Elles incarnent une mémoire profonde mêlant mythologie, histoire et valeurs fondatrices de la Corée.

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Issu des légendes d’Asie de l’Est, le Haechi est une créature fantastique à l’apparence singulière : un corps puissant rappelant celui du lion, parfois couvert d’écailles, une tête expressive et une corne unique. Dans l’imaginaire coréen, il possède une faculté rare et précieuse : celle de distinguer le bien du mal. Symbole de justice et de droiture, il était réputé pour protéger les innocents et punir les actes injustes, faisant de lui un gardien idéal aux portes du pouvoir royal.

Sous la dynastie Joseon, qui régna sur la Corée pendant plus de cinq siècles, les statues de Haechi jouaient un rôle à la fois spirituel et politique. Placées à des endroits stratégiques, notamment devant la porte Gwanghwamun, l’entrée principale de Gyeongbokgung, elles étaient censées protéger le palais contre les forces néfastes et les catastrophes naturelles. Selon les croyances de l’époque, la montagne Gwanaksan, située au sud de Séoul, dégageait une énergie liée au feu, susceptible de provoquer incendies et malheurs. Le Haechi, considéré comme une créature capable de maîtriser ou de dévorer le feu, était alors invoqué comme rempart symbolique contre ces dangers invisibles.

Au-delà de cette fonction protectrice, le Haechi était étroitement associé à l’idée de justice. Son image ornait parfois les vêtements ou les insignes des hauts fonctionnaires chargés des affaires judiciaires, rappel de l’exigence d’équité et d’intégrité attendue de ceux qui exerçaient l’autorité. Franchir le seuil du palais sous le regard des Haechi revenait ainsi à entrer dans un espace où la morale et la loi devaient prévaloir.

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Comme le palais lui-même, les statues ont traversé une histoire mouvementée. Déplacées, endommagées puis restaurées au fil des siècles, notamment durant la période coloniale japonaise et les grandes reconstructions du XXᵉ siècle, elles ont finalement retrouvé leur place à l’entrée de Gyeongbokgung. Leur présence continue aujourd’hui de relier le Séoul contemporain à son passé royal.

Preuve de leur importance durable, le Haechi a été choisi en 2008 comme symbole officiel de la ville de Séoul. Cette figure mythique incarne désormais l’identité d’une capitale moderne qui revendique, tout en regardant vers l’avenir, des valeurs de justice, de protection et d’harmonie héritées de son histoire.

Impassibles face au flux incessant des visiteurs, les Haechi veillent toujours à l’entrée du palais Gyeongbokgung. Gardiens de pierre et de légende, ils rappellent que derrière les murs majestueux du palais se cache un monde ancien où le pouvoir et le sacré ne faisaient qu’un.

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