Les États-Unis confirment un tournant stratégique majeur dans leur politique de défense, marqué par un désengagement assumé vis-à-vis de leurs alliés historiques en Europe et en Asie. La nouvelle stratégie de défense nationale publiée vendredi par le Pentagone appelle l’ensemble des alliés et partenaires de Washington à porter leurs dépenses militaires à 5 % de leur produit intérieur brut et à assumer une responsabilité accrue dans leur propre sécurité.

S’inscrivant pleinement dans la doctrine « L’Amérique d’abord » et dans la vision de « la paix par la force » défendue par le président Donald Trump, le document affirme clairement que les alliances traditionnelles ne peuvent plus fonctionner selon les schémas hérités de la Guerre froide. Les alliés sont invités à ne plus se comporter comme des « dépendances de la génération précédente », alors que les États-Unis entendent désormais concentrer leurs efforts sur la défense directe de leur territoire et de leurs intérêts dans l’hémisphère occidental.
Le texte précise que Washington plaidera pour l’application de cette norme des 5 % dans le monde entier, et non plus uniquement en Europe. L’objectif affiché est de pousser les partenaires des États-Unis à disposer de capacités militaires suffisantes pour dissuader ou vaincre des adversaires potentiels, y compris en cas de crises simultanées dans plusieurs régions du globe, sans dépendre excessivement du soutien américain.
Dans ce contexte, les pays européens membres de l’OTAN ont déjà accepté d’augmenter progressivement leurs dépenses de défense, passant de l’objectif historique de 2 % du PIB à 5 % d’ici 2035. Cette cible se décompose en 3,5 % consacrés aux dépenses militaires stricto sensu et 1,5 % supplémentaires pour les investissements liés à la sécurité. Si le document salue les efforts récents de l’Europe et de la Corée du Sud depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, il laisse peu de doute sur le fait que d’autres alliés clés, notamment le Japon, seront soumis à des pressions accrues pour suivre le même chemin.
La Chine occupe également une place centrale dans cette nouvelle stratégie, qui reconnaît le rythme rapide de son renforcement militaire. Toutefois, le ton se veut moins frontal que dans les documents précédents. La seconde administration Trump affirme vouloir dissuader Pékin dans la région indo-pacifique par la force, mais « sans confrontation directe ». Le texte insiste sur la volonté du président américain de maintenir des relations stables et respectueuses avec la Chine, évoquant un dialogue direct avec le président Xi Jinping et affirmant que Washington ne cherche pas à dominer son rival stratégique.
Fait notable, le document de 34 pages ne mentionne pas Taïwan, pourtant au cœur des tensions militaires croissantes entre Pékin et ses voisins. Il prévoit néanmoins le déploiement d’un dispositif de défense renforcé le long de la « première chaîne d’îles », un arc stratégique allant du Japon aux Philippines en passant par Taïwan, destiné à limiter l’accès militaire chinois à l’océan Pacifique.
Enfin, la stratégie aborde la question nord-coréenne en des termes révélateurs de la nouvelle approche américaine. Si Pyongyang est toujours décrite comme une menace militaire directe pour le Japon et la Corée du Sud, le document affirme explicitement que Séoul est désormais en mesure d’assumer la responsabilité principale de la dissuasion face à la Corée du Nord. Les États-Unis se cantonneraient à un rôle de soutien « crucial mais plus limité », une évolution justifiée par le renforcement des capacités militaires sud-coréennes et par le maintien de la conscription obligatoire.
À travers cette nouvelle doctrine, Washington acte ainsi une redéfinition profonde de ses alliances. Derrière l’appel à une plus grande autonomie stratégique de ses partenaires, se dessine un retrait progressif des États-Unis de leur rôle traditionnel de garant central de la sécurité européenne et asiatique.






