Kyoto s’est imposée très tôt comme le centre politique et culturel du Japon, atteignant son apogée durant la période de Heian, entre 794 et 1185. Dans cette société aristocratique raffinée, une culture de cour d’une élégance inédite s’est développée, façonnant durablement l’identité artistique et littéraire du pays. C’est au sommet de cet âge d’or, au début du XIe siècle, qu’est née une œuvre exceptionnelle appelée à traverser les siècles : Le Dit du Genji.

Écrit par Murasaki Shikibu, une femme issue de la noblesse de cour, ce roman est aujourd’hui considéré comme le plus ancien du monde. Le récit suit la vie du prince Hikaru Genji, figure lumineuse et complexe, dont les amours successives, l’ascension au sein des cercles du pouvoir et la désillusion des dernières années dessinent une trajectoire profondément humaine. À travers ses passions, ses succès et ses regrets, c’est toute la fragilité de l’existence aristocratique qui se dévoile.

L’ampleur de l’œuvre est vertigineuse. Composé de cinquante-quatre volumes, Le Dit du Genji met en scène plus de cinq cents personnages et déploie un univers fictif couvrant près de soixante-dix ans. Murasaki Shikibu y décrit avec une finesse remarquable les rites, les intrigues et les émotions de la vie de cour, donnant naissance à une fresque littéraire d’une rare élégance. Ce regard subtil sur les comportements humains explique sans doute pourquoi le roman a conquis des générations de lecteurs, bien au-delà des frontières japonaises. Traduit dans une quarantaine de langues, il a notamment été introduit en Occident grâce à une traduction anglaise réalisée par un universitaire britannique.
Au fil des siècles, Le Dit du Genji n’a cessé d’inspirer artistes et créateurs. Il a donné naissance à d’innombrables adaptations et variations, parmi lesquelles les célèbres peintures Genji-e, ou « scènes du Genji ». De l’époque de Heian jusqu’à l’ère contemporaine, ces représentations picturales ont été si nombreuses qu’elles ont constitué un genre artistique à part entière. L’influence du roman s’est également étendue aux arts vivants, marquant profondément les cérémonies de l’encens et du thé, ainsi que les théâtres nô et kabuki.

Aujourd’hui encore, l’héritage du Dit du Genji se fait sentir dans la culture populaire japonaise, notamment à travers les mangas et les animes. Il n’est pas excessif d’y voir l’un des précurseurs des arts mêlant narration, image et émotion, un domaine dans lequel le Japon continue d’exceller.
Pour les visiteurs qui découvrent Kyoto et d’autres lieux liés à cette histoire millénaire, ou qui contemplent de leurs propres yeux des peintures Genji-e et des œuvres inspirées du roman, la lecture du Dit du Genji offre une résonance particulière. Véritable guide sensible, ce chef-d’œuvre invite à explorer l’âme de la culture japonaise et à se laisser porter par l’écho d’une dynastie disparue il y a près de mille ans.
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