Dès l’aube, une odeur de bouillon chaud flotte dans l’air encore frais de Séoul. À quelques pas des grandes avenues modernes, le marché de Gwangjang bruisse déjà de vie. Ici, pas de vitrines sophistiquées ni de tables dressées : la gastronomie coréenne se savoure debout, assis sur un tabouret en plastique, au plus près des gestes et des voix de celles et ceux qui cuisinent.

© 2026 (SL75)

Fondé en 1905, Gwangjang est l’un des plus anciens marchés traditionnels de Corée du Sud. Aujourd’hui encore, il reste un lieu du quotidien autant qu’une attraction incontournable. Sous son immense toiture, les allées étroites forment un labyrinthe où se mêlent étoffes colorées, paniers de légumes, piles d’algues séchées… et surtout, une concentration étourdissante de stands de cuisine.

Le cœur battant du marché se trouve là où les poêles crépitent sans relâche. Une ajumma, tablier noué à la taille, verse d’un geste sûr une louche de pâte sur une plaque brûlante. En quelques secondes, le bindaetteok, crêpe épaisse à base de haricots mungo, prend forme. Le bruit sec de la spatule, l’odeur légèrement noisette de l’huile et la vapeur qui s’élève composent un spectacle hypnotique. Autour, les clients attendent patiemment, parfois depuis des décennies au même stand.

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Un peu plus loin, les rouleaux de gimbap s’alignent comme des œuvres miniatures. Riz brillant, légumes croquants, œufs, parfois du thon ou du bœuf mariné, le tout enveloppé dans une feuille d’algue. Chaque coupe révèle une mosaïque parfaite. Les vendeuses travaillent à une vitesse impressionnante, sans jamais sacrifier la précision. Ici, on commande, on mange, on repart, souvent en silence, concentré sur les saveurs.

Mais Gwangjang, c’est aussi le royaume du tteokbokki. Dans de larges marmites rouges frémissent les célèbres bâtonnets de riz, nappés d’une sauce pimentée et sucrée à la fois. Le parfum du gochujang emplit les narines, piquant juste ce qu’il faut. À côté, les sundae, boudins coréens farcis de vermicelles et de sang, surprennent les palais non avertis. Les habitués les trempent dans du sel ou une sauce pimentée, avec un naturel désarmant.

Ce qui frappe à Gwangjang, au-delà de la nourriture, c’est la proximité humaine. Les cuisinières interpellent les passants, plaisantent, conseillent. On partage parfois une table avec un inconnu, un touriste curieux ou un employé du quartier venu déjeuner rapidement. les sourires suffisent souvent à se comprendre.

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À Gwangjang, la cuisine est un acte quotidien, sincère, profondément ancré dans la culture coréenne. On en ressort rassasié, bien sûr, mais surtout avec l’impression d’avoir goûté à quelque chose de plus vaste : l’âme populaire de Séoul.

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