La K-pop est aujourd’hui une puissance incontournable de la culture pop mondiale, tout en ayant longtemps été sous-estimée par certaines grandes institutions musicales occidentales, à commencer par les Grammy Awards. Pendant des années, des artistes coréens se sont produits sur la scène de la cérémonie sans jamais décrocher de trophée. Une situation qui pourrait évoluer dès 2026.

La prochaine édition des Grammy Awards marque en effet un tournant symbolique. Pour la première fois, des chansons associées à la K-pop figurent dans les quatre catégories majeures. Rosé, connue comme membre du groupe Blackpink, devient ainsi la première artiste issue de la K-pop nommée dans la catégorie « Enregistrement de l’année » grâce à « APT. », son duo à succès avec Bruno Mars.

Autre avancée notable, la catégorie « Chanson de l’année » accueille elle aussi, pour la première fois, des artistes liés à la K-pop. « APT. » y affrontera « Golden », interprété par Ejae, Audrey Nuna et Rei Ami pour le groupe fictif HUNTR/X, créé pour la bande originale du film d’animation KPop Demon Hunters. Le groupe féminin Katseye, conçu par la société HYBE selon les codes du système des idoles coréennes mais destiné à un public international, est quant à lui nommé dans la catégorie du meilleur nouvel artiste.

© 2026 (licence SL75)

Ces nominations soulèvent toutefois une question centrale : s’agit-il d’une reconnaissance pleine et entière de la K-pop, ou d’une version plus globalisée et hybride du genre ? Selon les experts du domaine, ces choix reflètent avant tout une K-pop déterritorialisée, pensée pour les marchés occidentaux. Bien que certains artistes aient été formés dans le système K-pop et que certaines œuvres empruntent des motifs culturels coréens, leur son et leur stratégie de diffusion s’éloignent des productions K-pop traditionnellement ancrées en Corée.

Les titres en compétition, bien qu’influencés par la culture coréenne, s’inscrivent davantage dans une pop mondiale standardisée. La K-pop y devient une source d’inspiration, une idée ou un point de départ, plutôt qu’un cadre strictement défini. Cette logique s’applique également aux productions issues de l’univers de KPop Demon Hunters, qui utilisent des codes esthétiques et narratifs coréens sans pour autant s’inscrire pleinement dans l’industrie musicale K-pop classique.

Un autre élément distingue ces nominations des précédentes tentatives de reconnaissance : leur fort ancrage dans la culture pop grand public. Entre une collaboration avec une star internationale, un film à succès sur une plateforme de streaming mondiale et des projets liés à des franchises audiovisuelles internationales, tous les nommés bénéficient d’une visibilité massive. Pour de nombreux observateurs, cela confirme que la K-pop n’est plus perçue comme un phénomène marginal, mais comme une composante à part entière de la pop mondiale.

Cette évolution s’accompagne toutefois d’un paradoxe. Pendant des années, des groupes majeurs de K-pop ont battu des records internationaux sans être récompensés par la Recording Academy. Selon plusieurs analystes, la barrière linguistique a longtemps constitué un frein, l’industrie musicale occidentale restant réticente face aux chansons majoritairement non anglophones. La présence accrue de paroles en anglais dans les œuvres aujourd’hui nommées apparaît ainsi comme un facteur déterminant.

Cette tendance reflète l’évolution actuelle de la K-pop, marquée par une place grandissante de l’anglais et une volonté d’élargir son audience au-delà de la Corée. Certains y voient cependant le symptôme d’un contexte plus large : une année jugée décevante pour la pop américaine, avec l’absence de tubes mondiaux incontestés. Dans ce contexte, l’ouverture aux productions coréennes traduirait autant une recherche de renouveau qu’un affaiblissement de la domination culturelle américaine.

Pour autant, la qualité artistique des œuvres en lice n’est pas remise en question. Les observateurs s’accordent à dire que ces titres sont accessibles, efficaces et capables de toucher un public mondial. Ils témoignent aussi d’une reconnaissance croissante du savoir-faire artistique et créatif développé au sein de l’écosystème K-pop depuis plusieurs décennies.

Reste à savoir si cette reconnaissance se traduira par des victoires. La question n’est plus de savoir si la K-pop remportera un Grammy, mais quand et sous quelle forme. La définition même de la K-pop, de plus en plus flexible, complique toutefois la lecture des résultats : une victoire d’un groupe fictif ou d’un projet très internationalisé serait-elle réellement une victoire pour la K-pop ?

La réponse pourrait être apportée lors de la 68e cérémonie des Grammy Awards, qui se tiendra le 1er février à la Crypto.com Arena de Los Angeles .

© 2026 (SL75)

Tendances