Quand l’hiver s’installe sur le parc national de Seoraksan, au nord-est de la Corée du Sud, le massif d’Ulsanbawi se transforme en une cathédrale minérale figée dans le silence. Entre ciel pâle et forêts enneigées, ce célèbre ensemble de pics granitiques offre l’un des paysages hivernaux les plus saisissants de la péninsule.

Ulsanbawi n’est pas une montagne au sens classique, mais une formation spectaculaire composée de six immenses blocs de granit dressés comme des sentinelles. Leur silhouette abrupte, déjà impressionnante en toute saison, prend en hiver une dimension presque irréelle. La neige souligne les arêtes, adoucit les pentes et accentue le contraste entre le blanc immaculé et la roche grise, polie par des millénaires d’érosion.

Le froid y est vif, parfois mordant. Les vents venus de la mer de l’Est balaient les crêtes et renforcent l’impression d’isolement. Pourtant, Seoraksan reste vivant même sous la neige. Les pins tordus, emblèmes du parc, résistent stoïquement aux températures négatives, leurs branches chargées de givre dessinant des lignes élégantes sur le paysage. À leurs pieds, les sentiers disparaissent par endroits sous une épaisse couche blanche, rendant la progression plus lente mais aussi plus contemplative.

L’ascension de Ulsanbawi en hiver est une expérience à part. Les escaliers métalliques, célèbres pour mener au sommet, sont souvent partiellement recouverts de glace. Chaque pas demande attention et respect de la montagne. Mais l’effort est largement récompensé. Une fois en haut, le regard embrasse un panorama grandiose sur les vallées enneigées de Seoraksan, le temple de Sinheungsa en contrebas, et par temps clair, l’horizon marin qui se devine au loin. Le silence n’est rompu que par le vent et le crissement de la neige sous les pas.

La montagne est profondément ancrée dans l’imaginaire coréen, nourrie de légendes et de spiritualité. On raconte que Ulsanbawi serait restée à Seoraksan par erreur, fascinée par la beauté des lieux. En hiver, cette légende semble presque tangible tant le décor inspire calme et humilité.

Alors que le printemps et l’automne attirent les foules, l’hiver offre une autre lecture de Seoraksan, plus austère, plus intime. Ulsanbawi se dévoile sans artifices, majestueuse et silencieuse, rappelant que la beauté de la montagne ne tient pas seulement à ses couleurs, mais aussi à sa capacité à imposer le respect. Dans le froid hivernal, le granit parle peu, mais il raconte beaucoup.
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