Au cœur de l’île de Yakushima, au sud du Japon, se dresse un arbre hors du temps. Le Jōmon Sugi, cèdre millénaire enveloppé de brume et de silence, est considéré comme l’un des plus vieux arbres vivants de la planète. Monument naturel autant que symbole spirituel, il incarne la relation profonde entre le Japon et ses forêts anciennes.

Appartenant à l’espèce Cryptomeria japonica, le Jōmon Sugi fait partie des yakusugi, des cèdres endémiques de Yakushima âgés de plus de mille ans. Son nom fait référence à la période Jōmon, une ère préhistorique du Japon, suggérant une ancienneté exceptionnelle. Si son âge exact demeure sujet à débat en raison de la complexité de la datation des cèdres tropicaux, les estimations varient entre deux mille et plus de sept mille ans.
Le géant se situe à environ 1 300 mètres d’altitude, sur les pentes du mont Miyanoura, le sommet le plus élevé de l’île. Avec plus de 25 mètres de hauteur et une circonférence de tronc dépassant 16 mètres, il impressionne autant par ses dimensions que par sa longévité. Sa croissance extrêmement lente est le résultat des conditions climatiques rudes de Yakushima, caractérisées par des pluies abondantes, des sols pauvres et des vents fréquents. Sur le plan botanique, le Jōmon Sugi est remarquable par la forte concentration de résine contenue dans son bois. Cette résine agit comme une protection naturelle contre les insectes, les champignons et la décomposition, ce qui explique la longévité exceptionnelle de ces arbres. Là où un cèdre japonais ordinaire vit quelques siècles, les yakusugi traversent les millénaires.

Bien que présent depuis toujours dans la forêt, le Jōmon Sugi n’a été officiellement identifié qu’en 1968. Sa découverte a profondément marqué l’opinion publique japonaise et contribué à une prise de conscience environnementale majeure. À cette époque, Yakushima était encore le théâtre d’une exploitation forestière intensive. La reconnaissance de la valeur unique de ces forêts anciennes a conduit à l’arrêt progressif des coupes et à la mise en place de mesures de protection strictes.
Aujourd’hui, l’accès au Jōmon Sugi est soigneusement encadré. Pour l’atteindre, les randonneurs doivent parcourir un sentier exigeant d’environ dix heures aller-retour à travers une forêt dense et montagneuse. Afin de préserver ses racines fragiles, l’approche directe de l’arbre est interdite. Un belvédère situé à distance permet toutefois d’admirer le cèdre sans compromettre sa survie.

Depuis 1993, Yakushima est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, reconnaissance internationale de la valeur exceptionnelle de ses écosystèmes. Le Jōmon Sugi en est devenu l’emblème, un témoin vivant de l’histoire naturelle de l’archipel. Symbole de résistance et de patience, il rappelle que certaines formes de vie dépassent largement l’échelle humaine.
Silencieux et immobile, le Jōmon Sugi a vu naître et disparaître des civilisations, évoluer les paysages et se succéder les générations. Sa préservation n’est pas seulement un enjeu local, mais un message universel sur la nécessité de protéger les derniers sanctuaires naturels de la planète.
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