Avec Grand Ciel, en salles le 21 janvier 2026, Akihiro Hata livre un premier long métrage d’une rare maturité, à la fois rigoureux et profondément sensible. Son cinéma, contemplatif sans jamais être distant, capte l’émotion à hauteur d’homme tout en maintenant une tension digne du thriller. Réalisme social et métaphore s’y entremêlent avec une grande finesse, ils dessinent une œuvre précise, esthétique, et déjà pleinement affirmée.

Le film s’ouvre sur un vaste chantier de construction. Le spectateur est immédiatement immergé dans le quotidien des ouvriers chargés d’ériger une tour appelée à devenir l’emblème d’un « smart district », quartier intelligent présenté comme écologiquement irréprochable. Au fil des scènes, cette promesse de modernité se révèle pourtant largement illusoire. Derrière le discours technologique et les ambitions architecturales, Grand Ciel met à nu ce que ce futur prétendument vert exige en retour : une mise à l’écart progressive de l’humain.
La relation entre les personnages interprétés par Sébastien Bonnard et Samir Guesmi constitue l’un des cœurs battants du film. À travers eux se cristallise toute la mythologie de cette tour en devenir, promesse d’élévation sociale autant que menace latente. À mesure qu’elle s’élève, elle semble concentrer peurs et fantasmes, jusqu’à apparaître comme un piège possible, un tombeau vertical.
Akihiro Hata observe le monde du travail dans sa matérialité la plus brute : la répétition des gestes, la fatigue des corps, la dureté du chantier. Mais il filme aussi ce qui subsiste de lien et de chaleur humaine. Les échanges, l’humour, la solidarité fragile de l’équipe deviennent des espaces de respiration, voire de résistance face à l’abstraction froide des logiques économiques qui gouvernent le projet.
La disparition d’un travailleur sans papiers marque un tournant dans le récit. La quête pour le retrouver transforme la cohésion du groupe en un véritable acte de défi à un système qui préfère l’effacement à l’arrêt de la production. À partir de ce moment, la tour, avec ses couloirs labyrinthiques, ses étages inachevés et ses profondeurs oppressantes semble peu à peu engloutir ceux qui la construisent.
Par un travail très maîtrisé sur le son, les textures et les vibrations, le bâtiment acquiert une présence presque vivante. Il devient un organisme froid, indifférent, qui absorbe les corps et les voix. À la frontière entre cinéma sociologique et science-fiction discrète, Grand Ciel interroge frontalement notre rapport au progrès, à la modernité et à ceux qu’elle invisibilise. Un film dense et percutant, qui regarde les contradictions contemporaines sans détour.
- Grand Ciel
- Pays: France, Luxembourg
- Réalisé par Akihiro Hata
- Scénario: Akihiro Hata et Jérémie Dubois
- Musique: Carla Pallone
- Cinématographie: David Chizallet
- Production: Good Fortune Films, Les Films Fauves
- casting: Damien Bonnard, Samir Guesmi, Mouna Soulaem, Tudor-Aaron Istodor, Ahmed Abdel-Laoui, Denis Eyriey, Zacharia Mezouar, Issaka Sawadogo, Mounir Margoum, Sophie Mousel
- Sortie en salles le 21 janvier 2026
Né au Japon en 1984, Akihiro Hata arrive en France en 2003. Après des études de cinéma à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, il intègre le département réalisation de La Fémis, dont il sort diplômé en 2010. Il réalise ensuite deux moyens métrages, Les Invisibles en 2015 et À la chasse en 2017, tous deux sélectionnés notamment au Festival du court métrage de Clermont-Ferrand, ainsi que le documentaire Corps Solitaire en 2018. Développé aux Ateliers d’Angers en 2020 et présenté en lectures de scénarios au festival Premiers Plans en 2023, Grand Ciel, achevé en 2025, marque son passage remarqué au long métrage et confirme l’émergence d’un cinéaste à la voix singulière.
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