Le Premier ministre japonais Sanae Takaichi et le président sud-coréen Lee Jae Myung ont convenu mardi de renforcer leur coopération bilatérale en matière de sécurité économique, dans un contexte marqué par de nouvelles restrictions chinoises à l’exportation sur des produits stratégiques, notamment les terres rares.
À l’issue de leurs entretiens à Nara, dans l’ouest du Japon, ville natale de la cheffe du gouvernement japonais, les deux dirigeants ont affiché leur volonté de poursuivre le rapprochement engagé entre Tokyo et Séoul. Lors d’une conférence de presse conjointe, Sanae Takaichi a indiqué qu’ils avaient confirmé la poursuite des visites réciproques au plus haut niveau, signe d’un dégel durable des relations bilatérales. Les discussions ont largement porté sur les enjeux de sécurité économique. « Nous avons convenu de faire progresser les discussions sur l’économie et la sécurité économique en vue d’une collaboration stratégique et mutuellement avantageuse », a déclaré la Première ministre, précisant que les deux pays entendaient renforcer leurs chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques, devenus essentiels pour de nombreux secteurs industriels.

Lee Jae Myung a, pour sa part, souligné l’importance d’une coopération trilatérale avec les États-Unis, allié commun du Japon et de la Corée du Sud. Il a également réaffirmé l’engagement des deux pays en faveur de la dénucléarisation complète de la péninsule coréenne, face aux menaces nucléaires et balistiques persistantes de la Corée du Nord.
Au-delà des questions stratégiques, les deux dirigeants ont abordé des dossiers mémoriels sensibles. Le président sud-coréen a salué les « progrès significatifs » réalisés dans les tests ADN sur les ossements humains récupérés dans la mine de charbon sous-marine de Chosei, théâtre en 1942 d’un accident ayant coûté la vie à 183 personnes, dont de nombreux Coréens. Il a exprimé sa gratitude pour l’« intérêt exceptionnel » porté par Sanae Takaichi à ce dossier symbolique. Les échanges ont également permis d’aborder des « mesures substantielles » destinées à inscrire les relations bilatérales dans une dynamique « tournée vers l’avenir », malgré un passé souvent marqué par des différends liés à l’histoire coloniale et aux questions territoriales.
Ce troisième sommet en présentiel entre Sanae Takaichi, connue pour ses positions fermes en matière de diplomatie et de sécurité, et Lee Jae Myung, un dirigeant libéral autrefois très critique de l’occupation japonaise de la péninsule coréenne, intervient dans un contexte régional tendu. Les relations entre Tokyo et Pékin se sont récemment dégradées après des propos de la Première ministre japonaise évoquant une possible riposte militaire du Japon en cas d’attaque chinoise contre Taïwan. Ces déclarations ont été suivies de mesures chinoises susceptibles de pénaliser l’économie japonaise, notamment un durcissement des contrôles à l’exportation sur des biens à double usage, civils et militaires, incluant potentiellement les terres rares. Selon plusieurs sources, une entreprise publique chinoise aurait même informé des sociétés japonaises de la suspension de nouveaux contrats de livraison.
Face à ces tensions, Séoul cherche à jouer un rôle d’équilibre. En décembre, Lee Jae Myung avait affirmé vouloir contribuer à l’apaisement des relations entre Tokyo et Pékin, sans prendre parti. Une position délicate, alors que la Chine tente de renforcer ses liens avec la Corée du Sud, comme l’a illustré la récente rencontre entre le président chinois Xi Jinping et son homologue sud-coréen à Pékin.
La rencontre de Nara apparaît ainsi comme une étape supplémentaire dans le rapprochement stratégique entre le Japon et la Corée du Sud, deux voisins longtemps divisés par leur histoire mais désormais conscients de la nécessité de coopérer face à un ordre international en profonde mutation.
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