La décision de la Chine d’interdire les exportations vers le Japon de biens à double usage marque une nouvelle étape dans l’escalade des tensions en Asie de l’Est. Officiellement dirigée contre Tokyo, cette mesure est largement perçue comme un message à peine voilé adressé aux autres acteurs régionaux, au premier rang desquels la Corée du Sud, dont la dépendance aux matières premières chinoises demeure critique.

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Après avoir déjà restreint les exportations de terres rares vers le Japon, Pékin réactive un levier stratégique qu’elle maîtrise parfaitement. En brandissant la menace de sanctions secondaires contre tout pays ou entreprise réexportant des terres rares d’origine chinoise vers le Japon, la Chine cherche à imposer un choix clair à ses partenaires : préserver l’accès aux matériaux chinois ou risquer des représailles économiques. Pour la Corée du Sud, qui dépend de la Chine pour près de 90 % de son approvisionnement en terres rares, l’avertissement est difficile à ignorer.

Séoul affiche pour l’heure une prudence diplomatique. « Nous suivons de près la situation », a indiqué un responsable du ministère coréen des Affaires étrangères, évoquant une analyse des conséquences pour les entreprises nationales. Mais le contexte nourrit les inquiétudes. L’annonce est intervenue pendant la visite d’État du président Lee Jae Myung en Chine, accompagnée d’une référence explicite à la « responsabilité juridique des transferts à des tiers », laissant entrevoir l’instauration de boycotts secondaires de facto.

Ces mesures pourraient viser des entreprises sud-coréennes transformant des terres rares chinoises pour les fournir à des entités japonaises liées au secteur militaire. La portée du dispositif est d’autant plus large que la notion de biens à double usage englobe également les semi-conducteurs et les composants aéronautiques, offrant à Pékin une grande latitude d’interprétation et de pression.

Si le Japon a partiellement réduit sa dépendance aux terres rares chinoises, les vulnérabilités structurelles persistent. En Corée, elles sont encore plus marquées. Entre janvier et octobre de l’an dernier, près de 89,4 % des importations coréennes de terres rares provenaient de Chine. Au-delà de ces matériaux, Pékin contrôle l’essentiel de l’approvisionnement mondial en gallium, en graphite et en aimants permanents, tous essentiels aux industries coréennes des semi-conducteurs, des batteries et des véhicules électriques.

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Les pressions exercées sur Tokyo apparaissent ainsi comme un signal adressé à Séoul : toute remise en cause de sa position prudente sur Taïwan pourrait entraîner des coûts économiques sévères. Lors de la visite du président Lee, le Premier ministre chinois Li Qiang a appelé à renforcer le « dialogue stratégique » et la confiance politique, un discours interprété comme une tentative de dissuader la Corée de s’aligner trop étroitement sur le Japon et les États-Unis.

À l’heure où Washington pousse ses alliés indo-pacifiques à afficher un soutien plus affirmé à Taïwan, la Corée du Sud se retrouve prise entre des impératifs stratégiques contradictoires. Le message chinois, implicite mais clair, est que la neutralité de Séoul a un prix — et que s’en écarter pourrait coûter encore plus cher.

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