La Chine a annoncé mardi un durcissement immédiat de ses restrictions à l’exportation vers le Japon de biens dits « à double usage », c’est-à-dire susceptibles d’avoir des applications civiles comme militaires. Cette décision, prise par le ministère chinois du Commerce, marque une nouvelle étape dans la dégradation des relations entre les deux pays et pourrait toucher des secteurs stratégiques, notamment celui des terres rares.
Cette mesure s’inscrit dans la campagne de pression menée par Pékin depuis les déclarations controversées de la Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, qui avait évoqué il y a deux mois une possible intervention du Japon à Taïwan en cas de conflit. Selon le ministère chinois, toute exportation vers le Japon d’articles pouvant contribuer au renforcement de ses capacités militaires est désormais interdite.
Les autorités chinoises ont également prévenu que toute personne physique ou morale, indépendamment de son pays ou de sa région d’origine, s’exposerait à des poursuites judiciaires en cas de violation de cette nouvelle réglementation. Pékin justifie ces restrictions par la nécessité de « préserver la sécurité nationale » et de « respecter les obligations internationales », notamment en matière de non-prolifération.

Un porte-parole du ministère du Commerce a clairement établi un lien entre cette décision et les propos de Sanae Takaichi, qualifiés d’« ingérence flagrante » dans les affaires intérieures chinoises et de « nature extrêmement répréhensible ». Toutefois, l’annonce reste vague quant à la liste précise des produits concernés.
Cette absence de détails alimente les inquiétudes des milieux économiques et diplomatiques. Des experts soulignent que, compte tenu des précédents de coercition économique de la Chine envers des partenaires avec lesquels elle est en désaccord, l’impact sur les industries japonaises pourrait être significatif. Le quotidien officiel China Daily a d’ailleurs rapporté que Pékin envisageait de renforcer les contrôles sur les permis d’exportation de certains produits liés aux terres rares à destination du Japon.
La Chine occupe une position dominante dans l’approvisionnement mondial en terres rares et en minéraux critiques, indispensables à de nombreuses technologies modernes, des véhicules électriques aux équipements militaires. Takahide Kiuchi, économiste en chef au Nomura Research Institute, estime que l’impact économique pour le Japon serait « considérable » en cas de restrictions à grande échelle. Selon ses calculs, une interdiction d’une durée d’un an pourrait coûter environ 2,6 billions de yens à l’économie japonaise, soit près de 16,6 milliards de dollars.
Kiuchi précise que les autorités chinoises classeraient comme biens à double usage plusieurs produits issus de secteurs sensibles, notamment la biotechnologie, l’aérospatiale et les télécommunications.
Face à cette annonce, le Japon a vivement protesté. Le ministère japonais des Affaires étrangères a indiqué que Masaaki Kanai, directeur du Bureau des affaires asiatiques et océaniennes, avait exigé la levée des restrictions lors d’un échange avec l’ambassade de Chine à Tokyo. Selon un communiqué officiel, Kanai a déclaré à Shi Yong, chef adjoint de l’ambassade, que des mesures visant exclusivement le Japon « s’écartent considérablement des pratiques internationales » et sont « absolument inacceptables ».
L’actuelle escalade trouve son origine dans les déclarations de Sanae Takaichi, prononcées le 7 novembre au Parlement japonais, laissant entendre qu’une attaque chinoise contre Taïwan pourrait entraîner une intervention des forces d’autodéfense japonaises aux côtés des États-Unis. Pékin, qui considère Taïwan comme une partie intégrante de son territoire et n’exclut pas le recours à la force pour reprendre le contrôle de l’île, avait immédiatement réagi avec fermeté.
Depuis, la Chine a multiplié les mesures de pression, appelant notamment ses citoyens à éviter de se rendre au Japon ou à reconsidérer leurs projets d’études dans le pays. Plusieurs événements culturels mettant en avant des artistes ou des contenus japonais ont également été annulés en Chine, illustrant l’extension du bras de fer diplomatique à l’ensemble des relations bilatérales.
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