Le soir du 31 décembre, au centre du sanctuaire se déroule Okera-mairi, une cérémonie shinto propre à Yasaka et profondément ancrée dans l’histoire de Kyoto. Les prêtres y entretiennent l’okera-bi, un feu sacré allumé à partir de bois rituellement consacrés.

Cette flamme incarne la purification de l’année écoulée et la protection accordée à celle qui commence. Autour, des milliers de fidèles attendent leur tour, serrés les uns contre les autres, dans une organisation patiente et presque instinctive. Chacun tient un long cordon torsadé. À l’approche du feu, un prêtre shinto guide le geste : l’extrémité du cordon est passée à la flamme d’une lanterne allumée au feu sacré. En quelques secondes, le cordon s’embrase. Les participants repartent alors en le faisant tournoyer pour maintenir la combustion, protégeant la flamme du vent et de l’humidité. L’objectif est simple et hautement symbolique : rapporter ce feu jusqu’à son foyer.

Les visages, éclairés par les lueurs orangées, oscillent entre concentration et recueillement. Certains murmurent une prière, d’autres observent en silence, conscients de participer à un geste répété depuis des siècles. Dans cette foule dense, le temps semble suspendu. Le rite marque un passage fluide à la nouvelle année, fidèle à la vision shintoïste d’un monde fondé sur la continuité et le renouvellement.
Aux abords du sanctuaire, l’ambiance se fait plus animée. Des stands proposent amulettes et boissons chaudes. Pourtant, même là, la solennité du rituel persiste. L’Okera-mairi rappelle que, à Kyoto, la fin de l’année se mesure dans le temps long d’une tradition vivante, transmise par une flamme fragile, de main en main, d’une année à l’autre.
© 2026 (SL75)






