Chaque 31 décembre, Kyoto se prépare à célébrer le Joya no Kane, un rituel bouddhiste ancestral qui marque le passage à la nouvelle année au son des cloches sacrées.
Peu avant minuit, des milliers de fidèles et de visiteurs se rassemblent dans les temples emblématiques de la ville, tels que Chion-in, Kennin-ji ou encore Kiyomizu-dera. Dans le froid hivernal, les silhouettes se pressent dans le calme, souvent emmitouflées dans des manteaux sombres, parfois vêtues de kimonos traditionnels. Tous attendent le moment où la cloche géante du temple sera frappée.

Le Joya no Kane consiste en 108 coups de cloche, un nombre hautement symbolique dans le bouddhisme japonais. Selon la tradition, ces 108 frappes représentent les désirs et passions humaines, la colère, la jalousie, l’avidité ou encore l’ignorance, considérés comme sources de souffrance. Chaque coup est censé libérer l’esprit d’un de ces attachements, et permet d’entrer dans la nouvelle année avec un cœur purifié. À Kyoto, le rituel prend une dimension particulièrement solennelle.
Au temple Chion-in, la plus grande cloche du Japon, pesant plus de 70 tonnes, est frappée par une équipe de moines à l’aide d’un lourd tronc de bois suspendu. Le son grave et profond résonne dans toute la ville, s’étirant longuement dans l’air nocturne, imposant le silence et l’introspection. Une répétition du rituel est pratiquée les jours précédents, le public est convié pour observer le geste des moines.

Contrairement aux célébrations occidentales souvent marquées par le bruit et les feux d’artifice, le passage à la nouvelle année à Kyoto se fait dans la sobriété et la méditation. Les dernières cloches sonnent avant minuit, les premières de la nouvelle année retentissent juste après, elles symbolisent la continuité entre le passé et l’avenir. Pour les habitants comme pour les visiteurs étrangers, assister au Joya no Kane est une expérience à la fois spirituelle et culturelle. « Ce moment invite à réfléchir sur l’année écoulée et à repartir sur de meilleures bases », confie un visiteur venu spécialement pour l’occasion.
À minuit passé, certains se dirigent vers les sanctuaires pour le hatsumōde, la première prière de l’année, tandis que d’autres restent immobiles, encore portés par l’écho des cloches. À Kyoto, le Nouvel An ne commence pas dans l’effervescence, mais dans le calme, la tradition et la quête d’harmonie intérieure.
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