À l’approche de la fin de l’année, les rues japonaises se transforment discrètement. Devant les maisons, les immeubles, les commerces et même les entreprises, apparaissent des décorations végétales élégantes et symboliques. Composées principalement de bambou, de pin et de fleurs, ces ornements traditionnels marquent l’entrée dans la période du Nouvel An japonais (Shōgatsu), l’une des fêtes les plus importantes du pays.

La décoration la plus emblématique est sans conteste le kadomatsu. Placé de part et d’autre des portes d’entrée, il est traditionnellement composé de tiges de bambou coupées en biseau, associées à des branches de pin et parfois à des fleurs, des prunes (ume) ou des fougères.
Le bambou, droit et creux, symbolise la croissance, la pureté et la résilience, tandis que le pin, toujours vert, incarne la longévité et la constance. Ensemble, ils servent de demeure temporaire aux divinités du Nouvel An, appelées Toshigami, venues apporter chance, prospérité et bonnes récoltes pour l’année à venir.
Autrefois très imposants, les kadomatsu modernes se déclinent aujourd’hui en versions plus modestes, adaptées aux appartements urbains, tout en conservant leur forte charge symbolique.

Souvent associé aux décorations végétales, le shimenawa est une corde de paille de riz tressée, ornée de papiers blancs en zigzag (shide) et parfois de fleurs ou d’agrumes. Suspendu au-dessus des portes ou intégré aux décorations florales, il marque un espace purifié, protégé des influences négatives.
Dans la tradition shintoïste, le shimenawa indique la présence du sacré. En fin d’année, il rappelle la nécessité de laisser derrière soi les impuretés de l’année écoulée pour accueillir la nouvelle dans un esprit renouvelé.

Les fleurs jouent également un rôle essentiel dans ces décorations. Le prunier (ume), qui fleurit en plein hiver, est particulièrement apprécié : il symbolise le renouveau, la persévérance et l’espoir. D’autres arrangements incluent des chrysanthèmes, des feuilles de nandina (plante porte-bonheur) ou encore des compositions inspirées de l’ikebana, l’art floral japonais.
Ces décors, toujours temporaires, sont généralement installés après le 26 décembre et retirés autour du 7 janvier, lors de la fin des célébrations du Nouvel An. Ils sont parfois brûlés lors de rituels spécifiques, afin de libérer les esprits qu’ils ont accueillis.
Aujourd’hui, ces décorations continuent d’évoluer. Les fleuristes et artisans japonais proposent des versions contemporaines mêlant bambou minimaliste, fleurs séchées et design épuré, tout en respectant l’esprit originel. Dans un Japon très urbanisé, ces ornements végétaux rappellent le lien profond entre la culture japonaise et la nature.
Plus qu’un simple décor, ces compositions devant les portes d’entrée sont une invitation silencieuse : celle de commencer l’année sous le signe de l’harmonie, du respect des cycles naturels et de la chance partagée.
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